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Agriculture écologique
Visitez les fermes biologiquesComment élève-t-on des porcs biologiques? Qu'a de différent la production de sirop d'érable biologique? Pour trouver réponses à vos questions, Équiterre vous invite à visiter virtuellement des fermes biologiques! Ces visites ont été effectuées en compagnie de médias dans le cadre de la campagne «Moi, je mange bio!». Vous y trouverez des détails sur l'élevage de porcs, la production de sirop d'érable et la production de céréales et oléagineux biologiques!
Visite au Vermont (27 septembre 2002)Le 27 septembre dernier, une quinzaine de passionnés du bio se sont rendus à Burlington pour visiter Community Farm, première ferme de la Fondation Intervale et premier projet d'agriculture soutenue par la communauté au Vermont. Les partenaires viennent chercher leur panier de légumes directement au kiosque sur la ferme, qui est tout près de la ville. La formule est populaire: avec ses 21 acres, la ferme fournit plus de 400 partenaires et il y a une liste d'attente… Les terres de l'Intervale ont échappé au développement domiciliaire, car elles se trouvent en zone inondable. «Dépotoir, cours de ferraille, repaire de bandits…», c'est ainsi que l'on décrivait ce petit territoire avant que Will Raap n'entreprenne son projet visionnaire. En 1983, il ouvrit un magasin de fournitures de jardinage dans une ancienne manufacture de tapis, en bordure du site. Dans les années qui suivirent, il entreprit de louer les terres voisines et fonda Community Farm. La fondation Intervale (700 acres au total) fut par la suite créée et une douzaine d'autres fermes, des serres ainsi qu'un gigantesque site de compostage desservant toute la ville de Burlington se sont ajoutés. Les fermes de la fondation Intervale fournissent maintenant plus de 5% des denrées consommées dans la ville. La production de ces fermes est consommée dans un rayon de 20 km! Enfin, un détail important: elles sont certifiées biologiques, car cela fait partie intégrante de la mission de la fondation. Visite à la porcherie biologique (17 juillet 2002)Les Viandes biologiques de Charlevoix L'accueil chaleureux de M. Damien Girard et de sa conjointe Natacha McNicols donne le ton à cette journée, qui s'annonce agréable. M. Girard est agronome et connaît bien les productions animales. Un petit nombre de producteurs certifiés biologiques élèvent des porcs, M. Girard est un pionnier dans la production biologique puisque sa porcherie est la première à être certifiée biologique. Il a débuté ses travaux en juin 2001 après avoir élevé des veaux de grains. L'automne dernier, il recevait sa certification biologique de l'organisme Garantie Bio-Écocert. En bref, la production animale biologique se résume à ceci: de la moulée biologique (sans antibiotiques, ni facteurs de croissance, ni OGM), des animaux ayant accès à l'extérieur et des conditions qui respectent leurs besoins comportementaux. L'élevage de M. Girard comprend une dizaine de truies à l'allaitement avec les porcelets, de jeunes truies en attente d'être inséminées (artificiellement ou naturellement), des porcs en fin d'engraissement (entre le moment où ils passeront de 150 à 250 livres) mais surtout, 25 mignons porcelets qui courent et qui fouinent dans leur enclos dehors sur la colline! Les petits porcs restent à l'air libre tant que la température le leur permet, à partir du moment où leur poids atteint 50 livres, et ce, jusqu'à ce qu'ils pèsent 150 livres. Les animaux qui sont à l'intérieur ont des enclos aux dimensions qui leur permettent d'avoir assez d'espace pour ne pas être stressés. Les cages sont interdites, ce sont plutôt des enclos de groupe. Les animaux bénéficient d'une litière de copeaux de bois «rip» en tout temps, qui est récurée chaque jour. Le copeaux de bois absorbent les déjections et permettent une gestion du fumier solide (qui est moins odorant) plutôt que liquide, comme c'est souvent le cas dans les porcheries conventionnelles. Le fumier est composté durant un an avant d'être incorporé au sol. M. Girard s'approvisionne en grains biologiques à la Meunerie P. A. Lessard en Beauce, la seule, semble-t-il, à être certifiée biologique. Aucun additif n'est ajouté à ces moulées qui sont toutes issues de la culture biologique (sans pesticides, sans engrais minéraux ni herbicides). Lorsque les animaux sont malades, il est permis de leur administrer une faible dose d'antibiotique. Dans ce cas, le temps de retrait avant l'abattage est trois fois plus long qu'en production conventionnelle. Aucun traitement n'est administré systématiquement en prévention. Les petits porcelets demeurent en compagnie de leur mère jusqu'à l'âge de 28 jours, après quoi une période de sevrage sera critique pour leur survie. C'est à cette étape que le taux de mortalité est élevé (10 à 15%). Par la suite, leur système immunitaire sera suffisamment fort pour leur permettre d'être en santé durant les mois qui suivront. La période de croissance, de la naissance à l'abattage, s'étendra sur sept mois, soit six semaines de plus que pour la production conventionnelle. Les animaux ayant suffisamment d'espace pour se déplacer, ayant accès à l'extérieur et se dépensant davantage, leur croissance est donc plus lente et les besoins en moulée plus grands. Ceci explique en partie le prix plus élevé demandé pour cette viande. On estime que chaque animal coûte environ 250$ uniquement en frais d'alimentation. Les frais fixes que constituent l'électricité, le chauffage, la main-d'œuvre et les installations doivent aussi être amortis par le nombre de bêtes, établi à un maximum de 200 animaux. Le circuit de distribution des Viandes biologiques de Charlevoix est en développement. À part quelques points de vente à Québec et quelques restaurants locaux, la Boucherie St-Vincent est le seul endroit à Montréal où la certification bio permet à M. Girard de vendre ses carcasses pour qu'elles soient découpées fraîches sur place. La boucherie est, elle aussi, certifiée biologique, ce qui lui permet de manipuler des viandes en vrac selon les normes de certification (aucune confusion entre viandes conventionnelles et bio ne doit être possible). Malheureusement, la demande, faible bien qu'en continuelle croissance, ne permet pas à M. Girard d'écouler la totalité de sa production sous l'égide de la viande certifiée bio via la Boucherie St-Vincent. Il doit trouver d'autres marchés en attendant et la vend comme de la viande non certifiée, faute d'acheteurs pour le bio. Il compte sur la croissance de l'intérêt des consommateurs pour que sa viande, de grande qualité, trouve preneur à sa juste valeur. Sur le plan environnemental, les déjections qui s'accumulent sous forme solide ne pénètrent pas autant les nappes d'eau, ce qui réduit grandement les risques de contamination. Aussi, la viande porcine n'est pas seulement une production aux impacts environnementaux moins nocifs que celle produite en général, c'est également une viande savoureuse! Elle est en effet moins gorgée d'eau que bien d'autres viandes parce que les animaux ont eu la possibilité de bouger à leur guise et de raffermir leurs muscles, la rendant aussi moins grasse. Notre visite s'est terminée par un excellent repas dans un site enchanteur. L'auberge La Muse, à Baie-St-Paul, a eu l'excellente initiative d'inclure à son menu le porc biologique de M. Girard. C'est donc avec beaucoup de curiosité que la plupart des membres du groupe ont eu l'occasion de déguster le produit cuisiné, un rouleau de porc qui fut, à mon goût, succulent ! Pour en savoir plus ou pour contacter M. Girard, n'hésitez pas à nous rejoindre à Équiterre. Isabelle Joncas
Visite à l'érablière biologique (19 mars 2003)Le 19 mars dernier avait lieu une visite-médias chez un producteur acéricole biologique. Cette visite se déroulait en association avec une visite d’inspection par l’organisme de certification Garantie Bio-Écocert. Ce fut l’occasion de prendre connaissance des normes de l’acériculture biologique et des principales opérations de production, en comparaison des pratiques conventionnelles. Voici quelques photos qui fournissent un aperçu de ce périple à l’Érablière Mooney, située à Racine dans les Cantons-de-l’Est. Éléments comparatifs entre les productions acéricoles biologique et conventionnelle >>> La visite d’inspection débute à l’intérieur avant de se poursuivre dans l’érablière elle-même. M. Mooney, acériculteur bio, explique les caractéristiques de la production de sirop d’érable biologique. À l’érablière Mooney, le nettoyage des tubulures principales se fait de façon mécanique à l’aide de ce modèle de torpille. Aucun produit désinfectant n’est permis en acériculture biologique pour le nettoyage des tuyaux en saison. La rutilante bouilloire servant à l’évaporation de l’eau d’érable! Le nettoyage de cet équipement ne peut être fait qu’avec de la sève ou du bicarbonate de soude, conformément aux normes biologiques. Dans l’acériculture conventionnelle, des acides peuvent être utilisés, présentant ainsi le risque de contaminer le sirop d’érable. M. Luc Breton, inspecteur chez Garantie Bio-Écocert, mesure la pression dans les tubulures. Le diamètre d’un érable doit être au minimum de 20 cm pour qu’une entaille soit pratiquée. Tous se sont régalés de la délicieuse tire d’érable bio de M. Mooney! Quel plaisir que se de sucrer le bec tout en appuyant des pratiques acéricoles respectueuses des boisés et des consommateurs! Visite à la production de céréales et oléagineux biologiques (29 mai 2003)
Lors de cette visite, à laquelle participèrent des médias ainsi qu’une équipe d’Équiterre, les trois frères Dewavrin des Fermes Longprés nous ont expliqué les principales opérations de production dans la culture biologique de céréales et d’oléagineux. M. Jean Duval, agronome du Club Bio-action, était présent. À cette occasion, Équiterre dévoila sa toute dernière affiche informative «Grains bio, graines d’avenir», qui se veut un outil d’information du public sur les caractéristiques des grandes cultures bio et sur les enjeux que sont la biodiversité, les organismes génétiquement modifiés (OGM), la mondialisation et, ultimement, la sécurité alimentaire. S’il est une culture symbolisant la sécurité alimentaire, c’est certes celle des céréales. Voilà pourquoi Équiterre invite les citoyen-ne-s à préférer les produits à base de grains biologiques, puisqu’ils sont issus de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement et de la santé des citoyens. C’est sous un ciel couvert que débuta cette visite chez les Dewavrin. Loïc Dewavrin a d’abord dressé un portrait historique: les Fermes Longprés est une entreprise familiale implantée dans la région de Vaudreuil-Soulanges depuis 25 ans. Luc Dewavrin, le père et fondateur de l’entreprise, agriculteur en France, immigra au Québec avec son épouse et ses quatre enfants en 1977. La presque totalité des surfaces est alors consacrée au maïs en culture conventionnelle. C'est maintenant le gagne-pain de quatre familles, les trois fils et le père étant partenaires à parts égales (25% chacun). Loïc, également président du Syndicat des producteurs de grains bio du Québec (affilié à la Fédération d’agriculture biologique du Québec), possède une formation en génie industriel. Thomas détient pour sa part une formation en génie rural et Côme, fils cadet, possède un diplôme d’agriculture. En 1995, les activités des Huiles d’Amérique débutent en une entreprise artisanale de transformation, sur place, de grains oléagineux en huiles de première pression à froid essentiellement de tournesol). Les Dewavrin constatent que les gens qui recherchent de l’huile pressée à froid recherchent aussi le label bio; ceci incite les partenaires de l’entreprise à s’intéresser à ce mode de production. L’aventure biologique débute donc en 1997, avec un premier champ (ancienne prairie) de 10 hectares de sarrasin. La superficie cultivée de la ferme est de 570 hectares (ha). La transition vers l'agriculture bio s'effectue progressivement depuis 1998. En 2003, 70% des surfaces sont certifiées biologiques par l’organisme Garantie Bio-Écocert, le 30% restant étant en première ou deuxième année de transition. Les cultures des Dewavrin sont principalement écoulées sur les marchés locaux québécois.
Une symphonie de couleurs ! Chez les Dewavrin, la diversité des Le plan de culture pour 2003 se compose à environ 50% de petites céréales (blé, orge et avoine), 35-40% de soya, 10% de maïs et 5% de tournesol. Les superficies se répartissent comme suit:
Cette technique a permis au Dewavrin d’améliorer la qualité des sols en augmentant
le taux de matière organique et de micro-organismes, alliés précieux de l’agriculteur.
L’absence d’application de produits de synthèse permet au sol d’être
vivant. Comme le maïs demande beaucoup d’azote, l’accent a été mis
sur le soya car cette culture permet de capter l’azote atmosphérique. En plus des engrais
verts, ces plantes que l’on cultive pour les enfouir et amender le sol, du fumier de poulet
en provenance de l’extérieur est utilisé pour engraisser les sols. Mais les Dewavrin
souhaitent délaisser le fumier au profit des engrais verts, permettant d’augmenter la
biomasse et amenant une autosuffisance complète. Le fumier de poulet est le plus riche par
unité de poids, ce qui diminue les coûts (écologiques et économiques)
liés au transport.
Les rotations sont très importantes en culture bio. Elles brisent les cycles de maladies et des insectes nuisibles (grâce à l’alternance des légumineuses et des céréales). Elles permettent aussi d’équilibrer les éléments du sol d’une année à l’autre et contrôlent les problèmes d’adventices, contrairement à la monoculture qui encourage la récurrence de certaines mauvaises herbes. Par exemple, le blé d’automne semé en rotation est très compétitif face à ces dernières. La diversité dans les cultures est donc une nécessité dans le bio! Les producteurs bio rencontrent une résistance de la part des firmes agrochimiques. En effet,
le désherbage mécanique et les pratiques culturales employées en culture bio
pour contrer les herbes compétitrices ne créent pas une dépendance envers des
produits qu’il est nécessaire de se procurer à chaque année en culture
conventionnelle. De plus, la pression sociale dans le milieu agricole est très forte en faveur
de l’usage d’intrants chimiques, des vendeurs d’intrants visitent les producteurs
conventionnels régulièrement.
Le travail d'équipe en tant que partenaires chez les Dewavrin permet une grande efficacité dans l'utilisation d'équipements (plutôt que d'avoir 4 fermes avec chacun son équipement, ils ont un seul parc de machinerie plus complet). Les Dewavrin ont reçu diverses aides financières pour développer des équipements adaptés (par exemple, un épandeur à fumier à contrôle électronique, permettant une haute précision sur la quantité épandue). Ils ont des équipements à la fine pointe de la technologie. L'innovation et l'implication tiennent une grande place dans leur emploi du temps, faisant de l'entreprise
une ferme expérimentale visitée régulièrement par des classes d'étudiants
ou des groupes d'agriculteurs curieux d'emprunter les mêmes avenues.
Au niveau des semences, les Dewavrin effectuent des essais. Par exemple, ils cultivent du maïs non-hybride (à pollinisation ouverte). Face à l’importance du lobby des compagnies de semences, les Dewavrin veulent reconquérir leur autonomie au niveau de leur approvisionnement en semences et développer des semences adaptées à leur région. Mais cela n’est pas une mince tâche car les producteurs doivent obligatoirement utiliser des semences généalogiques s’ils veulent avoir accès aux programmes d’assurance-récolte. Malgré le fait que la financière agricole ait refusé de les assurer, les Dewavrin ont décidé d’aller de l’avant cette année en semant leurs propres semences. Les Dewavrin ont connu un problème de dérive d’herbicides en provenance d’un champ voisin cultivé en conventionnel dans une portion d’un de leurs champs en transition. Ils ont donc dû écouler cette portion sur le marché conventionnel. Chose étonnante mais heureuse, ils ont été compensés par les assureurs de leur voisin au prix qu’ils auraient dû recevoir. |
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