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Départ en trombe

par : 
Hugo Séguin
Blog - Climate change - tableau noir

C'est une fois sur place que je me souviens finalement pourquoi j'aime tant assister à ces grandes rencontres internationales. La stimulation intellectuelle y est tout simplement incroyable et le rythme difficilement soutenable.

Assis en indien entre le chauffeur et le passager, sur le siège avant de la camionnette qui nous amène à la conférence hier matin, un directeur de la Banque asiatique de développement discute de transferts technologiques et peste contre la position canadienne aux négos. On jase de la croissance spectaculaire de la motorisation en Chine et en Inde et de l'importance des NAMAs Transports. Arrivé au Centre des congrès, je tombe sur l'extraordinaire Jennifer Morgan, du World Resources Institute (WRI) de Washington et Alden Meyer, de Union of Concerned Scientists (UCC). On cause Keystone XL, des chances d'Obama en 2012 et des verres qu'on se doit. Au cours de la journée, j'aurai croisé des dizaines de collègues, j'aurai parlé de déforestation et de REDD+, des difficultés des négociateurs africains du Bassin du Congo et du jeu politique de la Chine. Disputes habituelles - et toujours amicales - avec Patrick Bonin de l'AQLPA sur le sort du monde et café avec Maruxa Cardama, d'nrg4SD, avec laquelle on cause des actions des États fédérés et des pronostics pour Rio+20.

Aujourd'hui, Greenpeace international dévoile une série de rapports « rentre-dedans » sur l'industrie du charbon, le Hadley Centre du Met Office britannique présente les résultats de ses modélisations des impacts des changements climatiques sur une trentaine de pays, les États-Unis présentent leur Global Climate Partnership et l'Université de Leeds organise un panel sur les villes et l'économie verte.

Pour moi, c'est comme un enfant au Village du père Noël.

J'essayerai de vous résumer tout ça demain.

Manoeuvres diplomatiques du Canada sur les sables bitumineux

Tout à l'heure, menace d'entrevue radio sur le thème de l'appui diplomatique de la Grande-Bretagne aux efforts canadiens de faire modifier le projet de directive européenne sur la teneur en carbone des carburants.

Je vous explique : l'Union européenne cherche à réglementer le contenu en CO2 des carburants vendus sur son territoire. L'utilisation de différents types de carburant génère - du puits aux roues (wells-to-wheels) - une certaine quantité de CO2. Par exemple, certains biocarburants de seconde génération génèrent moins de CO2 que du pétrole léger, lui-même émettant moins que du pétrole lourd. Le pétrole extra lourd de l'Alberta et du Venezuela étant parmi les plus polluants des carburants disponibles sur le marché.

Par sa directive, l'Europe demande aux distributeurs de carburants d'abaisser lentement, mais sûrement, le contenu carbone des carburants qu'ils vendent, l'objectif étant que les carburants utilisés contribuent de moins en moins au réchauffement climatique. Utiliser du pétrole extra lourd comme celui issu des sables bitumineux augmente le contenu moyen en carbone de l'ensemble des carburants vendu par un distributeur. Ce dernier pourra toujours en vendre, mais devra le « mélanger » à des carburants beaucoup moins polluants pour respecter la nouvelle norme européenne.

Le Canada, l'Alberta et l'industrie pétrolière se battent depuis des années contre ce type de réglementation pourtant relativement efficace et qui donne des résultats. Ils en veulent au fait que l'Europe considère que le pétrole des sables bitumineux émet plus de CO2 que les autres, ce que confirment pourtant (en minimisant les chiffres) les propres études du gouvernement albertain.

Il semble aujourd'hui que la Grande-Bretagne, sous la pression de Shell et de BP - de grands investisseurs dans les sables bitumineux - tente de contrer la directive européenne pour ne plus que celle-ci « pénalise » le pétrole issu des sables bitumineux.

Une belle démonstration de l'immense influence de l'industrie pétrolière sur un pays pourtant très progressiste sur les questions climatiques, y compris sous un gouvernement conservateur.

Divers non taxables

En chemin vers la plénière, je croise Joy Kennedy, de l'Église Unie du Canada, ma date officielle depuis des années à toutes les réceptions et tous les cocktails auxquels on veut bien nous inviter. Elle m'accompagne depuis que je l'ai invitée à la première réception annuelle offerte par le gouvernement du Québec, à Nairobi, à la seule condition que je porte une cravate, chose que j'ai abandonnée depuis 1996. Je ne le fais que pour elle.

Malheureusement, cette année, pas de réception du Québec, parce qu'il n'y a pas de ministre du Québec sur place. Dommage puisque les réceptions du Québec battaient largement et systématiquement la plupart des événements du même genre et attiraient de plus en plus de monde, preuve qu'on sait recevoir! Et pas parce que les bouchées et le vin étaient meilleurs, mais seulement pour l'ambiance et la bonne humeur.

J'espère avoir l'occasion de revenir bientôt sur l'étrange absence politique du Québec ici à Durban. Après tant d'investissement de la part du gouvernement du Québec au cours des années, après le grand réseau de contacts et d'influence qu'il s'est créé en parallèle des négociations, son absence - malgré la présence d'une très petite équipe de fonctionnaires - laisse un grand vide.