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Drille, bebé, drille

par : 
Hugo Séguin

« Drille, bebé, avant qu'y arrivent.

Dans pas long, il sera trop tard pour nous arrêter. »

Les bulls sont en marche un peu partout dans la Vallée du Saint-Laurent et en Gaspésie. On a trouvé du gaz ! Pas mal de gaz.

« Des impacts ? Quels impacts ? Non, non : tout est à 110% sécuritaire. Si ça pète ? Ben vous m'poursuivrez. Nos avocats nous représenteront pendant qu'on ira jouer au golf. »

Honnêtement, je pensais qu'on en n'était plus là comme société. Qu'à l'ère du développement durable et des beaux discours main sur le coeur, on ne ferait plus les choses de la même façon. Le Québec se couvre de puits de forage, de torchères et bientôt de pipelines de raccordement pour exploiter à toute vitesse le gaz de schiste qu'on retrouve un peu partout en Amérique du Nord, et particulièrement dans le Nord-Est.

Sans études d'impacts

La Loi sur l'évaluation environnementale n'oblige pas les projets d'exploration et d'exploitation gazière à faire l'objet d'études sur leurs différents aspects sociaux, économiques et environnementaux. Les directions régionales du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) sont donc à la merci des données techniques que leur  fournissent les promoteurs.

« Pas de trouble, on a toute prévu ! »

Et c'est comme ça qu'on donne les permis.

On injecte sous terre des millions de litres d'eau mêlée à du sable et à des produits chimiques, on couvre le territoire de chemins d'accès et d'un labyrinthe de réseaux pipeliniers et on divise des populations qui voient arriver du jour au lendemain les promoteurs sur le territoire de leur municipalité. L'exploitation du gaz de schiste provoque déjà des problèmes importants (dont des cas de contamination des eaux souterraines) de l'autre côté de la frontière, au point où l'Agence de Protection de l'Environnement des États-Unis s'apprête à étudier la question pour mieux baliser - ex-post - ce secteur.

En bulldozant tout sur leur passage, le gouvernement et les promoteurs jouent un rôle très dangereux. Et montrent qu'ils n'ont rien appris de leurs déconfitures passées.

Le dossier du Suroît est mort, victime du soulèvement populaire, mais défendu jusqu'à la fin par le même André Caillé qui préside aujourd'hui l'Association pétrolière et gazière du Québec et qui parcourt le Québec pour faire la promotion du gaz et du pétrole. Dans l'aventure, Hydro-Québec a perdu de son capital de sympathie acquis lors de la crise du verglas. Le gouvernement du Québec a perdu des points politiques - et un ministre, Sam Hamad. Les promoteurs ont perdu du gros fric.

Même chose pour le dossier du Mont Orford. On tente de bulldozer un projet. La population s'oppose - dans ce cas-là, les libéraux provinciaux du coin. Crise politique, moratoire. Paralysie du dossier. Le gouvernement perd des appuis, les promoteurs perdent leur argent et la population est en beau maudit.

On tente de faire la même chose pour l'échangeur Turcot à Montréal.

Les écolos québécois ont pas mal changé. On ne rejette pas du revers de la main un projet de développement. On veut aller au fond des choses, étudier les différents aspects, se faire une tête. Dans développement durable, pour nous, il y a de la création d'emplois, de la qualité de vie et de l'accroissement de la richesse collective pour pouvoir payer le système de santé et les projets collectifs qu'on voudra bien se donner.

Et puis l'entrepreneuriat - l'idée de créer quelque chose, de bâtir un projet d'entreprise, de le mener à terme, de voir ses efforts récompensés par le marché - est un des ressorts les plus stimulants pour une société comme la nôtre. Ça aussi, on le reconnaît d'emblée avec fierté.

Ça ne veut par contre pas dire qu'il faille remettre les clés aux entrepreneurs et leur mettre les deux mains sur le volant. Dans une société, d'autres acteurs ont aussi leur mot à dire.

Dans le cas du gaz de schiste, le milieu environnemental (dont Équiterre) appuie la demande d'un moratoire demandant une étude approfondie des impacts - positifs comme négatifs - de l'exploitation de ce gaz au Québec. On verra alors plus clair. Soit pour ne pas aller plus en avant dans le développement de cette filière. Soit pour continuer l'exploitation de façon mieux balisée.

C'est comme ça qu'on devrait faire, à l'ère du développement durable.

Sinon, on revient au cauchemard dans lequel des promoteurs ont plongé le Québec dans le dossier du Suroît : bulldozage - opposition populaire - abandon du projet. Avec le gouvernement qui perd la face, la population son calme et les promoteurs leurs sous.

Pour lire l'analyse d'Équiterre (septembre 2010) sur les gaz de schiste

Pour un dossier fouillé sur la question du gaz de schiste.

Pour lire la série très fouillée du journal Le Devoir.

Prospection chez moi!

J'habite dans la belle (en tout cas jusqu'à présent) vallée du Richelieu et je viens d'apprendre par l'entremise de mon journal local, L'oeil Régional' qu'on s'apprête a faire de la prospection du gaz de schiste dans mon coin... J'ai donc fait des recherches sur internet afin de na pas crier au loup sans raison.  Non seulement ces puits de forage sont-ils d'une laideur incroyable, en plus il y a des risques de contamination d'eau, de fuites de gaz, un épandage honteux d'une quantité de produits chimiques qui évidemment, selon les compagnies exploitantes, sont sans danger pour l'humain et l'environnement... Quand cesserons-nous d'exploiter toutes les ressources de notre planète en faisant fi de la santé de ses habitants?  L'appât du gain est-il vraiment si attirant que de tuer quelques personnes en cours de route ne procure aucun remords? J'ai choisi d'habiter Mont St-Hilaire pour sa beauté, son côté champêtre et sa tranquilité.  Des puits de forage de gaz de schiste?  Non monsieur, pas dans ma cour!!!

Ça se passe maintenant, ça se passe tout près!

Merci pour votre commentaire qui illustre de façon dramatique à quel point le forage est bel et bien une réalité dans certaines régions du Québec.

Et pourtant, les impacts de cette exploitation sont encore inconnus...

Est-ce bien ça, le Québec de l'avenir?

Au coeur de l'exploration

Habitant dans les basses terres du St-Laurent à Leclercville, dans la circonscription de Lotbinière (rive-sud du Fleuve, entre Québec et Trois-Rivières) je suis au coeur de l'exploration gazière québécoise. La compagnie albertaine Talisman exploite déjà un puit à St-Édouard (8 km de chez moi). À Leclercville un puit est aussi en opération et un autre forage débutera dans quelques semaines. La compagnie négocie actuellement avec la municiipalité pour déterminer un tracé de gazoduc pour relier ses puits avec le réseau Gas Métro à St-Flavien. C'est du sérieux ! La nuit tombée nous voyons les flammes de la torchère de la maison. La compagnie a débuté des renconres d'information pour la population. Le potentiel gazier de notre région est tellement grand que bientôt les "pedlers" de la compagnie sillonneront nos rangs afin d'offrir des forages sur des terre privées (actuellement ils creusent sur des terres publiques) moyennant une compensation.