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Pourquoi la Conférence de Paris a-t-elle été qualifiée de succès?

Blog - Steven Guilbeault

La plupart des grandes organisations internationales, groupes écologistes, grands médias et l'ensemble des pays de la planète ont salué l'accord de Paris comme un accord historique, et avec raison à mon humble avis.

D'abord, avant la ronde de négociation entourant la Conférence de Paris, différentes analyses des plans et politiques publiques en place à l'échelle internationale nous menaient vers une planète où le réchauffement planétaire serait de l'ordre de 3,7 degrés Celsius, soit presque deux fois plus que la limite qui avait été fixée à Copenhague en 2009 de 2 degrés.

Or, une fois l'ensemble des objectifs proposés par les pays dans le cadre de la conférence de Paris, c'est maintenant vers un réchauffement de 2,7oC que l'on se dirige. C'est encore trop, mais c'est tout de même 1oC de réchauffement que Paris permettra d'éviter si, et seulement si, les pays respectent leurs engagements (et j'y reviendrai).

Bien sûr, 2,7oC c'est encore trop, parce qu’au moment même où les pays ont adopté la décision de limiter les augmentations de température sous la barre de 2oC, plusieurs voix (représentants de pays, scientifiques, ONGs) se sont élevées pour dire qu'il fallait en fait chercher à limiter les augmentations de température à 1,5oC. Pourquoi? Et bien parce qu'en fonction de nos connaissances scientifiques, à 2oC, plusieurs petits pays insulaires seront engloutis par l'augmentation du niveau de la mer au cours des prochaines décennies, des pays comme les Philippines seront frappés par des typhons dont la puissance dépasse l'entendement, parce le pergélisol dans le nord se mettra à fondre de façon catastrophique, etc.

La conclusion de la communauté scientifique est donc très claire : plus nous limitons le réchauffement, plus nous limiterons les impacts des changements climatiques.

C'est d'ailleurs pourquoi j'ai proposé, tout comme plusieurs de mes collègues à la ministre de l'Environnement et des changements climatiques, Catherine McKenna, que le Canada se range derrière la proposition du 1,5oC. La ministre a non seulement accepté de nous rencontrer à plusieurs reprises à Paris, mais elle s'est montrée très ouverte à l'idée d’appuyer cette proposition. C'est vous dire à quel point les choses ont changé! À l'époque du gouvernement Harper, non seulement nous n'aurions jamais pu faire ce genre de proposition, mais encore moins penser que le gouvernement la fasse sienne!

Mme McKenna s'est donc rangée aux côtés des pays faisant la promotion de cette écolimite dans l'accord de Paris et l'appui du Canada a certainement contribué à ce que cet élément fasse partie de l'accord final.

Est-ce que Mme McKenna s'est rangée derrière le principe de limiter les augmentations des températures autour de 1,5oC parce que les ONGs lui en ont fait la proposition? Bien sûr que non. Est-ce que le fait que nous lui ayons présenté cette question comme l'une des questions cruciales de la conférence a contribué à ce que le Canada la supporte? Peut-être que oui.

Une fois que nous avons dit tout ça, l'accord de Paris nous amène tout de même à 2,7oC, d'où l'importance de l'adoption, dans le cadre de cet accord, d'un mécanisme de révision des objectifs adoptés par les pays en 2018 (2 ans avant l'entrée en vigueur de l'accord qui porte sur la période 2020-2030). Nous avons donc deux ans devant nous afin de mobiliser des efforts supplémentaires de la part de la communauté internationale et convaincre nos dirigeants de revoir à la hausse leurs objectifs de réduction. Ce ne sera pas une mince tâche, mais je pense sincèrement que nous pouvons y arriver.

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