Turcot - un compromis à surveiller
Le projet Turcot tel que présenté hier n’est certainement pas le projet auquel nous rêvions. Il est un compromis incomplet. Néanmoins, Québec a mis de l'eau dans son vin. Nous aurions préféré un projet qui s’inscrive véritablement dans le développement durable, un concept qui intègre d'autres types de moyens de transports, diminue la capacité pour les voitures et présente une nouvelle donne en matière d'étalement urbain.
Mais non voyons, direz-vous, les transports en commun sont intégrés au projet maintenant, on voit même des dessins de trains et de tramways sur les maquettes du MTQ.
Je répondrais que dans le projet Turcot dévoilé hier, on dessine bel et bien des transports en commun, mais soit on ne les intègre pas encore vraiment au projet, soit on n'assure pas financièrement leur développement à long terme, seul moyen d'offrir une alternatives aux automobilistes et de diminuer la place de la voiture.
Le danger, c’est que plusieurs de ces projets de transports collectifs restent encore des... dessins. Au final, on a un projet pour les voitures, financé à 100% par Québec, et des dessins de tramways et de trains sur les planches du MTQ qui attendent d'être financés (le tramway) ou qui sont bloqués dans de petites querelles mesquines (la navette ferroviaire). Ce sont des équipements lourds qui permettraient justement d'influencer durablement les choix de transport dans la grande région de Montréal, réduire nos émissions de GES, améliorer la qualité de vie et diminuer notre consommation de pétrole.
Ah oui, on a une voie réservée pour les autobus et les taxis, mais ça, ce n'est plus vraiment nouveau. D'ailleurs, on se demande encore pourquoi on a dû se battre pour obtenir cette voie réservée, une voie qui fera transiter le plus de personnes aux heures de pointe.
Les autobus rouleront plus rapidement (ce qui est bien), mais il faudra développer les services. Et il y aura aussi autant, sinon plus, de voitures sur l'échangeur, ce qui pourrait - temporairement - assurer une plus grande fluidité à la circulation... jusqu'à ce que les effets de l'étalement urbain viennent reboucher l'échangeur...
On aurait pu penser de façon intégrée, travailler avec la Ville et les banlieues pour intégrer - et compléter - le financement - de nouvelles lignes de transports collectifs, dynamiser le centre, stopper l'étalement urbain et réformer la fiscalité municipale. Une belle vision d'ensemble, pour un projet si structurant pour la région de Montréal,
Trop demander? Sans doute. Mais Québec n'a-t-il pas promis pour cette année une réforme de la Loi sur l'Aménagement et l'Urbanisme? Montréal n'a-t-il pas un superbe Plan de transport à mettre en oeuvre? Les discussions ne sont-elles pas bien entamées entre les divers paliers de gouvernement pour le financement et la réalisation de plusieurs grands chantiers de transports collectifs dans la Métropole et dans les couronnes?
Les morceaux du casse-tête ne sont pas encore réunis en une vision cohérente.
Ça, c'est la vision d'un Richard Bergeron et de tous ceux de la mouvance du développement durable en matière d'urbanisme. Mais cette vision est systématiquement la première victime du travail en silo entre ministères, entre Québec et Ottawa, entre la Ville et Québec, entre la Ville et les banlieues.
Chapeau à Richard et à tous ceux qui travaillent à faire émerger cette vision. Sans eux, on n'aurait rien eu du tout du MTQ. La fermeté d'une Louise Harel aura aussi permis la constitution d'un rapport de force montréalais, si nécessaire devant Québec.
Et en se montrant intransigeant comme ils le font, les partis d'opposition nous permettent d'espérer mieux la prochaine fois. En plus de continuer à mettre la pression nécessaire pour que se réalisent les éléments du plan de transport de la Ville de Montréal et que Québec assume sa part du financement.
L'un des points positifs de cette nouvelle mouture du projet, c'est que les ingénieurs du MTQ ont été obligés de prévoir les structures pour faire passer les tramways, les autobus (supplémentaires) et les trains.
Un autre point positif pourrait être la pérennisation du plan de mitigation qui sera mis en place pour assurer les déplacements durant toute la durée des travaux. Ce plan de mitigation fait la part belle aux transports collectifs par autobus. Pourquoi ne pas maintenir cette infrastructure une fois les travaux complétés? Si ce plan de mitigation assure adéquatement le déplacement de dizaines de milliers de personnes chaque jour par transport en commun, gardons-le. Les gens auront plus de choix pour se transporter.
L'enjeu du développement durable en milieu urbain, c'est d'y réduire le besoin d'utiliser la voiture. Une question de qualité de vie (les quartiers sont moins engorgés), de productivité (les bouchons font perdre des centaines de millions aux entreprises en raison de retards de leurs employés), de qualité de l'air (très mauvaise autour des grandes artères), de réduction d'émissions de GES (le transport est la première source de GES au Québec) et de la consommation de pétrole (de ma fenêtre ce matin, la station-service annonce 1,14 $ / litre).
Le projet Turcot, nouvelle mouture, est un compromis incomplet. Il ne remet pas fondamentalement en question la vision qui était celle du tout à l'auto des années 1960, mais il permet l'intégration - éventuelle - d'une autre vision, celle du développement durable.
On a pris des décisions et trouvé les sous pour les autos. Reste maintenant à prendre les décisions et à finaliser le financement pour assurer le développement des transports collectifs.
Au risque que ces derniers ne demeurent que de beaux dessins.
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Hugo. J'aime bien ton
De la force politique de Montréal
Le cas Turcot révève effectivement l'extraordinaire faiblesse politique de Montréal face au gouvernement du Québec. Comment se fait-il en effet que Montréal, de Notre-Dame à la 25, se fasse passer sur le corps par le MTQ ? Même avec un consensus politique à trois partis municipaux, Montréal n'obtient pas ce qu'elle veut.
Dans le cas de Turcot, la défaite est douce-amére. Le projet présenté n'a rien à voir avec la vision intégrée que nous aurions tous souhaitée. Comme je le disais, c'est une infrastructure de déplacement de voitures, à laquelle on ajoute des emprises pour le transport collectif « lourd », et où on amémage une voie réservée pour les autobus. On est loin d'un changement de paradigme en matière de transport et d'aménagement.
Mais voilà : la Ville de Montréal a accepté la nouvelle mouture du projet Turcot. Il n'y a plus de consensus montréalais. Le 'rapport de force' de Montréal est allé chercher ce qu'il pouvait. Même le PQ se dit heureux des améliorations apportées au projet. Aucune force ne poussera le MTQ à retourner à la table à dessin. Place aux « aménagements ».
Équiterre et les groupes environnementaux ne peuvent se substituer au leadership vacillant de Montréal. Dans le cas de l'A25, Équiterre a poursuivi le MTQ en cours. On a perdu. Dans le cas de Turcot, on prend ce qui est sur la table, parce que c'est ça la réalité. Et on clarifie. On bonifie. On surveille. On fait pression pour que les beaux dessins de trains et de tramways deviennent réalité. D'où le comité de vigilance mis sur pied par un groupement impressionnant de partenaires, auquel nous faisons partie.
C'est une nouvelle plateforme d'action. Une qui vise à surveiller le MTQ pour qu'il livre tout d'abord les promesses qui nous ont été faites. Il faudra batailler fort pour que démarrent bientôt les chantiers de trains et de tramways. Et que la voie réservée promise se matérialise, ce qui n'est pas gagné. Et que les promesses faites aux citoyens les plus touchés soient respectées. Le comité de vigilance, c'est aussi une plateforme pour aller chercher de nouveaux gains. La pérennisation des mesures de mitigation une fois Turcot complété, ce serait un gain. La réduction ultime de la capacité automobile en serait un autre. Et nous travaillerons ensemble sur le nouveau plan de réduction de GES du Québec, qui devra faire la part belle à l'aménagement et aux transports pour demeurer crédible.
Pas question de lâcher. On se donne les moyens de continuer à influencer et à dénoncer. Et aussi à encourager, le cas échéant.
Ça ne règle pas par contre la question du rapport de force politique de Montréal. Là-dessus, les groupes comnme Équiterre peuvent aider. Mais on ne peut pas faire de miracle.