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Commerce équitable
Le sucreLe commerce conventionnel du sucreTable des Matières
photo : Comité québécois pour la reconnaisssance Il y a plus de 20 000 ans, les habitants des îles du Pacifique Sud savaient déjà que certaines plantes sauvages de leur environnement contenaient du sucre. Cependant, il fallut attendre plusieurs millénaires avant que la culture de la canne à sucre ne se propage vers l'Inde d'abord, puis vers le Moyen-Orient, l'Europe et le Nouveau Monde. Après son introduction aux Antilles et en Amérique par Christophe Colomb, le sucre devint la base de l'industrie la plus lucrative de la planète(1). À titre d’exemple, les archives anglaises du 17e siècle nous rapportent qu’à cette époque, il était possible d'acheter un veau en échange de seulement quatre livres de sucre(2). La culture de la canne à sucre est intensivement répandue mais malheureusement, son histoire est directement reliée à l'utilisation massive d’esclaves. Dès son origine, sa commercialisation prit une forme triangulaire: les navires quittaient l'Angleterre chargés d’objets de quincaillerie, de textiles et de jouets, pour se diriger vers l'Afrique, où ces produits étaient échangés contre des captifs noirs, qui étaient ensuite déplacés vers l'Amérique. Les soutes des navires étaient enfin remplies de sucre et de rhum en vue du retour vers l'Angleterre(3). De 4 à 7 millions d'Africains auraient ainsi été transportés vers le Brésil et tout autant vers les Caraïbes, où la canne est aussi cultivée massivement. Ce nombre serait de 8 à 14 fois supérieur à celui des esclaves déplacés à l'époque vers les États-Unis(4). Au début du 19 siècle, l'abolition de l'esclavage pour tous les sujets britanniques ébranla fortement cette industrie. Aujourd’hui, la culture de la canne à sucre constitue la principale source de revenus de nombreux petits producteurs et travailleurs dans les plantations des pays en développement. Ces derniers offrent généralement aux industriels des terres d’accueil dépourvues de lois protégant l’environnement et les personnes. Le secteur du sucre ne fait pas exception à cette règle. Au contraire, il illustre bien jusqu’où peut aller le système d’exploitation des producteurs et travailleurs. L'importante industrie du sucre Le sucre est cultivé à partir de la betterave sucrière au Nord et de la canne à sucre au Sud. Plus de 135 millions de tonnes de sucre sont produites chaque année. Pour plusieurs des 127 pays producteurs, le sucre constitue une source importante de revenus, tout comme le sont le café, le cacao et le thé. Par exemple, il représente, pour Cuba et le Belize, 70% et 40% respectivement, du total de leurs exportations.
La production et la consommation au Canada Le sucre est principalement utilisé dans la production industrielle des aliments et bien qu’il fasse partie de notre quotidien, nous disposons de très peu d'informations sur les conditions de sa production et de sa commercialisation.
Les deux réalités du sucre: Nord - Sud Une des caractéristiques fondamentales du marché du sucre réside dans le fait que ni les pays du Nord, ni les pays du Sud, possèdent l'exclusivité de la production et de l'exportation. Ce fait peut sembler banal à première vue, mais il n'en est pas moins lourd de conséquences. Voici pourquoi. En plus de concurrencer avec le Brésil, désormais premier producteur mondial de sucre, les petits producteurs du Sud doivent également faire compétition aux gros producteurs du Nord, qui disposent de ressources nettement supérieures. Cette réalité s'illustre entre autres par l'écart entre le Produit National Brut (PNB) des pays exportateurs. Par exemple, le PNB du Guatemala se situe à 1670$US, comparativement à 22 892$US pour l'Union Européenne (UE). L’exemple de l’Union Européenne À titre d'exemple, dans le cadre de sa Politique agricole commune (PAC), l’Union Européenne (UE) utilise deux principaux moyens qui lui permettent de sortir gagnante des échanges internationaux. Droits d'importation Quotas de production et subventions à l’exportation Impacts de la PAC sur les conditions de vie des producteurs du Sud Selon John Madeley, auteur du livre Le commerce de la faim, «l’abolition de la PAC réduirait de 25% à 50% les fluctuations du marché international.» Il ajoute : «Non seulement la PAC coûte cher aux contribuables européens et aux agriculteurs du tiers-monde, mais elle est inéquitable pour bon nombre d’agriculteurs européens. Les trois quarts des subventions de la PAC profitent à un quart des exploitations agricoles européennes seulement, soit aux plus grandes, ce qui a acculé des milliers de petits agriculteurs européens à abandonner leur métier au cours des dernières années.(7)» Les prix mondiaux du sucre en chute libre
La baisse des prix a des impacts directs sur la situation des familles productrices dont les revenus associés à la canne à sucre sont utilisés pour défrayer les soins de santé, l’éducation et les produits alimentaires. La pauvreté frappe les petits producteurs qui n’arrivent plus à répondre à leurs besoins essentiels. De leur côté, les travailleurs saisonniers ou de plantations voient leurs conditions, déjà pénibles, se détériorer. La concentration au Canada et dans le monde Les grands gagnants de la politique de l'UE sur le sucre sont les grands transformateurs de sucre et l’industrie agroalimentaire qui utilise une grande quantité de sucre pour la préparation des aliments. Au Canada tout comme en Europe, un nombre restreint d'entreprises assurent le raffinage du sucre transformé. Au pays, la moitié des usines de transformation du sucre ont fermé entre 1983 et 1995.(8)
L’environnement sacrifié Les travailleurs de plantations: le cas des coupeurs haïtiens en République Dominicaine La situation des travailleurs haïtiens en République Dominicaine est un des cas d'abus lié à l’industrie du sucre le mieux documenté. En Haïti, l’état de famine permanent entraîne plus de 150 000 Haïtiens à recourir à des postes saisonniers de coupeurs de canne dans le pays voisin, la République Dominicaine, où l’industrie du sucre est la principale source de revenus après le tourisme. Près de 1 200 000 tonnes de cette denrée, destinées au pays industrialisés, y sont produites annuellement. L’État contrôle 80% des plantations de canne, tandis que le reste est entre les mains de grandes entreprises privées(10). Se faire engager La préparation au travail Les conditions de vie Les citations suivantes, tirées de Sucre Amer, de Maurice Lemoine, illustrent la réalité des batayes: «Des capataces ouvrirent toutes les portes et l'atmosphère fut saturée par une mauvaise odeur de merde et de renfermé. C'était donc une habitation de quatre mètres de large sur cinquante de long, divisée tous les quatre mètres par une cloison. Chaque pièce ainsi délimitée comportait une porte numérotée. Des cellules vides et sans fenêtres, pratiquement sans aération sous ce climat. Parfois, un ou deux lits de fer, superposés ou pas, sans matelas, formaient un semblant de mobilier. Et puis rien d'autre. Mais alors vraiment rien. On les fit avancer et on les distribua à quatre par réduit. Ils entraient, clignaient des yeux, se retournaient, se retournaient encore. Pas la peine de chercher quoi que ce soit. Quatre murs. Pas une table, pas une chaise, aucune condition d'hygiène, pas de lavabo. Rien. Rien que cette pièce.(13)» «Dans une pièce voisine, quatre kongos [coupeurs] désabusés étalèrent sur la dalle de ciment l'unique sac qu'ils avaient pu récupérer. Ils se couchèrent l'un à côté de l'autre, chacun reposant son dos sur la toile pour ne pas prendre froid, la tête et le reste du corps en dehors, sur le ciment. Ils n'eurent pas à éteindre la lumière, il n'y en avait pas.(14)» Le travail, la paie et le crédit Prisonniers du système
photo:Comité québécois pour la Des rapports internationaux qui dénoncent la situation (15) Le cas du sucre aux Philippines illustre particulièrement bien les effets néfastes pour un pays de la dépendance liée a l’industrie sucrière. Dans son livre La civilisation du sucre, Al Imfeld cite l'historien Constantino, qui serait convaincu que l'American Sugar Refinery Company a joué un rôle prépondérant dans l'annexion des Philippines par les États-Unis en 1898 (le pays a appartenu aux États-Unis de 1898 à 1946). Dans le cadre des accords commerciaux découlant de cette nouvelle relation privilégiée entre les deux pays, l'industrie sucrière philippine a joui d'un accès privilégié à l'énorme marché américain basé sur des quotas et des prix élevés. Une fois que les États-Unis réussirent à se constituer une industrie propre, au début des années 1970, ils abolirent ce régime d'exception et initièrent ainsi le déclin de celle aux Philippines. Dans les 20 années qui suivirent cette décision, les exportations de sucre aux États-Unis diminuèrent de plus de 88%, entraînant une chute de près de la moitié de la superficie cultivée dans tout le pays. Au cours de cette période, l'apport du sucre à l'économie de cet ensemble d'îles du Pacifique est passé de 20% à 7%. Pour expliquer les motivations derrière ce traité de libre échange entre les États-Unis et les Philippines, Al Imfeld cite le rapport Bell sur l'orientation de la politique américaine d'import-export:«La poursuite du libre échange servait aussi bien les intérêts américains que ceux de la classe supérieure des Philippines. Cette classe n'investit pas dans son propre pays: soit elle consomme d'onéreux produits de luxe, soit elle fait des placements et spécule à l'étranger.(16)» Le secret du pouvoir de cette classe aisée d’apparence désintéressée est mis à jour dans un passage tiré du même auteur:«Aujourd'hui, seize groupes de familles contrôlent l'île de Negros où on produit 80 pour cent du sucre […] Les grands propriétaires sont aussi à la tête du parti politique pro-gouvernemental; ils sont aussi maires des plus importantes agglomérations, il sont aussi membres des conseils d'administration des banques; ils sont aussi propriétaire des étangs, des lacs, et des bateaux de pêche équipés pour la haute mer, assurant ainsi le contrôle du marché du poisson; ils travaillent aussi la main dans la main avec l'armée, la police et les juges…(17)». Cette concentration du pouvoir entre les mains d'un petit clan affecte les conditions de vie de la population. «L'État a fixé le seuil de la pauvreté à 1920 pesos par mois aux Philippines. C'est à peu près la somme que je gagne par an comme ouvrier de la canne à sucre(18).» De plus, les impacts sociaux de la production intensive de sucre sont indissociables des impacts environnementaux. «Les terres fertiles du Nord-Est ont été presque totalement épuisées au cours des siècles par la monoculture […] Les patrons des plantations […] ont converti une région fertile en un camp de concentration pour 30 millions d'hommes(19). Sources Nos partenaires: suite page 2/2 >>> |
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