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La France

Bien que 37% des Français se disent prêts à payer plus cher pour un produit respectant les droits des travailleurs, seulement 13% de la population dit connaître le commerce équitable et, pis encore, 3% à 4% a déjà acheté des produits équitables48. Les deux principaux critères incitant le Français moyen à acheter un produit plutôt qu’un autre demeure le prix et la marque49. Une véritable percée du marché français est donc encore au stade de défi.

La France a vu naître son premier projet de commercialisation équitable en 1973. À la suite d’inondations catastrophiques au Bangladesh, l’abbé Pierre Emaüs a entrepris d’acheter de la jute à des coopératives en leur offrant un meilleur prix plutôt que de donner de l’aide50. Des groupes de soutien se sont alors organisés dans plusieurs grandes villes du pays, ce qui a donné naissance aux premières boutiques de commerce équitable Artisans du Monde.

Depuis, le commerce équitable a pris de l’ampleur. Une plate-forme regroupant les principaux acteurs du commerce équitable en France (Max Havelaar France, Agir Ici, Andines, ASPAL, Artisans du Monde, Artisanat SEL, CCFD, ECHOPPE, ISF et ISTOM) a été mise sur pied afin de mieux promouvoir le commerce équitable.

Du point de vue commercial, il existe maintenant trois organisations d’importation de produits équitables en France: Solidar’Monde, Andine et ASPAL. Leurs produits, incluant le café, sont distribués dans 67 boutiques Artisans du Monde, dans les magasins d’alimentation naturelle Biocoop et Naturalia. Ils sont également offerts dans les catalogues d’achat par correspondance de quelques organismes.

En ce qui concerne le café certifié équitable, les ventes sont en progression depuis les trois dernières années. En 1997, 75 tonnes de café équitable ont été vendues sur le marché français par le biais d’environ 300 points de vente, situés majoritairement en Bretagne et au pays de la Loire. Contrairement à plusieurs pays européens, il est encore difficile de se procurer du café équitable dans les supermarchés français.

Nous vous présentons ici le portrait de trois organisations fortement engagées dans l’implantation du commerce équitable en France: Max Havelaar France, la Fédération Artisans du Monde et Solidar’Monde. Nous traitons également de la maison de torréfaction Lobodis.


Max Havelaar France
Organisme de certification équitable

• Les objectifs
"Assurer la promotion d’un système de production et de commercialisation plus juste pour les petits producteurs de l’Amérique latine, de la Caraïbe et de l’Afrique, afin qu’ils puissent vivre dignement de leur travail et assurer eux-mêmes leur avenir51."

• Les moyens
Max Havelaar France met en relation des organisations de petits producteurs et des importateurs/torréfacteurs français. Elle promeut des relations commerciales garantissant le respect des critères partagés par les autres organismes de certification (voir le chapitre 2). Étant responsable de la vérification en France, elle a le devoir de s’assurer que le café portant son sceau satisfait aux critères équitables. Max Havelaar France fait également de la sensibilisation auprès du public.

• L’historique et le développement
En 1992, la fondation Max Havelaar France a été mise au monde par trois organisations non gourvernementales (ONG) françaises: Peuple solidaires, Ingénieurs sans frontière et CICDA (Centre international de coopération pour le développement agricole).

À ce jour, Max Havelaar France s’est concentré sur la certification du café. Six entreprises sont actuellement détentrices de licences: la société Lobodis, Cafés 2000, Neuteboom, Simon Lévelt, Algra et Drie Mollen Sinds 1818. Les quatre dernières sont situées aux Pays-Bas, mais exportent leurs produits en France.

Le café équitable distribué sur le marché français provient de coopératives du Mexique, d’Haïti, du Guatemala, de la Colombie, du Costa Rica et du Congo. Une douzaine de mélanges différents sont actuellement offerts, dont quelques-uns sont certifiés biologiques.

• La structure
Max Havelaar France a son bureau national à Paris. Celui-ci soutient les activités de quelques comités locaux en Alsace, en Bretagne, en Lorraine, dans le Lot-et-Garonne, au pays de Loire et dans la région Rhône-Alpes. L’organisme est actuellement en restructuration. Il prépare une stratégie de pénétration des grands magasins.

Max Havelaar France fait partie de FLO-International, avec qui il travaille pour assurer le volet Sud de la certification du café.

• Le financement
L’organisme est sans but lucratif. Il vit de dons, de subventions et des droits de marque qui lui sont versés par les entreprises détentrices de licence à raison de 1FF (0,28$ canadien) par kilo vendu.

• Les campagnes éducatives et le lobby

Max Havelaar France prépare actuellement une trousse éducative sur le commerce équitable du café. L’organisme souhaite être plus présent dans le milieu étudiant afin que celui-ci exerce une pression sur les entreprises pour qu’elles se convertissent au commerce équitable. Max Havelaar France compte également présenter la pièce de théâtre Aye Aye Aye café, une adaptation de l’histoire du personnage de Max Havelaar.


Lobodis
Entreprise de torréfaction depuis 1988

Située au cœur de la Bretagne, Lobodis fut la première entreprise à se lancer dans le commerce équitable avec Max Havelaar France en 1993. L’entreprise offre trois cafés équitables: Kalinda en provenance d’Haïti, Tzul Tacca du Guatemala et Chatico, café biologique du Mexique.

En plus de torréfier du café équitable, Lobodis participe à un projet d’insertion sociale en employant des gens qui vivent des difficultés financières et despersonnes handicapées.


Solidar’Monde
Organisme d’importation de produits équitables

• Les objectifs
"Créer un marché pour le commerce équitable en établissant des structures de production et de commercialisation permettant de soutenir les producteurs et les artisans du Tiers-Monde qui tentent d’améliorer non seulement leur niveau de vie, mais aussi l’équité dans la distribution des revenus et dans la répartition du pouvoir52."

• Les moyens
Solidar’Monde est la principale centrale d’importation et de distribution de produits équitables en France. Considérant ses fournisseurs comme des partenaires égaux, elle entretient avec eux des relations durables et tente de les soutenir lorsque des problèmes surviennent. Solidar’Monde et ses partenaires fixent les prix ensemble afin qu’ils soient justes. Les organisations du Sud qui en font la demande peuvent avoir accès à une avance de fonds pour l’achat de matières premières.

Solidar’Monde fournit également à ses clients de l’information sur ses partenaires afin que les consommateurs connaissent les producteurs et les artisans qu’ils soutiennent et que le commerce équitable continue à croître.

• L’historique et le développement
Solidar’Monde a été créée en 1984 grâce à l’initiative de la Fédération des artisans du Monde, qui demeure son principal partenaire. Elle commercialise plus de 1 500 produits équitables provenant de 70 groupes d’artisans et de paysans de 42 pays. Solidar’Monde vend 52% de produits d’artisanat, 47% de produits alimentaires et 1% de produits divers.

Ses principaux acheteurs sont les magasins Artisans du Monde (55%). Elle vend également des produits à quelques grands magasins, à des coopératives d’aliments biologiques et par le biais de catalogues dont celui du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD).

Pour ce qui est du choix de ses partenaires du Sud, Solidar’Monde travaille en étroite collaboration avec la Fédération Artisans du Monde, EFTA et d’autres organismes d’importation de produits équitables, afin de s’assurer que les critères du commerce équitable sont respectés. Il est arrivé à l’entreprise de devoir mettre fin à des partenariats avec des groupes du Sud parce que ceux-ci ne respectaient pas leurs engagements sociaux.

• La structure
La Fédération Artisans du Monde et le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) sont les principaux actionnaires de Solidar’Monde. La centrale d’achat est située en banlieue de Paris et travaille étroitement avec les différents magasins Artisans du Monde. Ceux-ci viennent y choisir les produits qui seront mis en vente dans leurs magasins. La centrale compte 18 employés à temps plein.

• Le financement
Sans faire de profit ni de déficit, Solidar’Monde affiche un chiffre d’affaires en constante progression. En 1997, il s’élevait à 3,8 millions d’écus (environ 7 millions de dollars canadiens). La marge de profit dégagée par chaque produit varie en fonction de la force des groupes de partenaires. L’entreprise prélève une moindre part sur les produits des partenaires qui sont davantage dans le besoin que les autres.

• Les campagnes éducatives et le lobby
L’entreprise publie un bulletin d’information mensuel contenant divers renseignements sur les produits qu’elle distribue et sur leur provenance. Elle donne également des idées de mise en valeur des produits équitables: suggestions de vitrine, activités pour Noël, pour la fête des mères, etc. Solidar’Monde participe également aux campagnes de sensibilisation De l’éthique sur l’étiquette et Fair Play, Pay Fair.

Fédération Artisans du Monde
Secrétariat des magasins Artisans du Monde
Organisme de commerce équitable (OCÉ)

• Objectif
"Travailler à l’instauration d’échanges commerciaux plus justes entre les pays du Nord et du Sud, afin de donner aux producteurs de Tiers-Monde les moyens de vivre dignement de leur travail53."

• Les moyens
La Fédération Artisans du Monde (AduM) regroupe 67 boutiques de produits équitables et une douzaine d’associations affiliées. Son rôle principal est de coordonner les campagnes d’information et de sensibilisation en ce qui concerne le commerce équitable. Elle produit des outils pédagogiques et organise des ateliers de formation destinés à son réseau de 2 000 bénévoles, afin que ceux-ci agissent comme catalyseurs dans leur milieu tout en étant de bons gestionnaires commerciaux. La Fédération AduM est également chargée des relations avec les pouvoirs publics, les syndicats et les organismes de solidarité. Son idée maîtresse est de faire de la sensibilisation par la vente.

• L’historique et le développement
Inspiré par le modèle belge des Magasins du Monde, AduM existe en France depuis 24 ans. Le nombre de boutiques et de bénévoles est en constante progression.

Le réseau des boutiques est très décentralisé. Chaque boutique est gérée et animée par des bénévoles qui décident de l’importance qu’ils donnent à tel ou tel type d’activités. Ils choissisent les produits qui seront vendus dans leurs magasins en s’approvisionnant auprès de Solidar’Monde, Andine et ASPAL. Certaines boutiques vendent également des produits achetés directement auprès d’artisans et d’agriculteurs de leur propre communauté.

• La structure
Chaque magasin a son propre conseil d’administration dont le mandat est d’assurer le bon fonctionnement et l’atteinte des objectifs du mouvement Artisans du Monde. La Fédération a elle aussi un conseil d’admi-nistration formé de représentants des boutiques. Le conseil se
réunit trois à quatre fois par année et est responsable de définir le plan d’action global des groupes. Quatre employés permanents travaillent pour la Fédération Artisans du Monde. Celle-ci est également membre de NEWS (voir le chapitre 1).

• Le financement
La Fédération vit principalement des cotisations de ses membres, qui lui sont versées en fonction des chiffres d’affaires des magasins. Elle reçoit également du financement directement de Solidar’Monde, de la Commission européenne et du ministère de la Coopération. Certains programmes d’aide à l’emploi soutiennent également l’embauche de salariés.

QUELQUES EXEMPLES DE PRODUITS VENDUS DANS LES BOUTIQUES
ARTISANS DU MONDE:
Café, cacao, thé, chocolat, boisson exotique, noix, épices, papeterie, bijoux, instruments de musique, jeux, jouets, linge de maison, tapis, tentures, nappes, objets décoratifs, sculptures, boîtes, corbeilles, vases, sacs, paniers, portefeuilles, vêtements et accessoires pour enfants et adultes, savons, shampooings, huile à massage, etc.

• Les campagnes éducatives et le lobby

La Fédération publie mensuellement La lettre d’infos destinée à ses groupes, ses dirigeants et ses partenaires. Son journal trimestriel Commerce équitable est destiné au grand public. Elle distribue également du matériel pédagogique liée à diverses campagnes.

Artisans du Monde participe de plus en plus à des campagnes de sensibilisation et de pression d’envergure nationale et internationale. L’organisme offre de l’information et des activités au grand public dans le but d’inciter les gens à réfléchir et à agir en faveur d’une
"consommation citoyenne". Au moyen de la campagne De l’éthique sur l’étiquette, le mouvement milite en faveur du respect des droits de la personne dans le secteur de l’habillement. La campagne Cacao agit en faveur de prix justes et stables pour le cacao et récolte des signatures pour que ce produit ne soit pas remplacé par de la graisse végétale dans les tablettes de chocolat. Quant aux Petits déjeuners solidaires, ils ont pour but de sensibiliser plus particulièrement les enfants sur la situation des producteurs de café, de cacao, de sucre et de quinoa.

ORIGINE DES GROUPES SOUTENUS:
Afrique du Sud, Bangladesh, Bénin, Bolivie, Brésil, Burkina Faso, Cameroun, Chili, Congo, Costa Rica, Côte d’Ivoire, Cuba, Égypte, Équateur, Ghana, Guatemala, Inde, Laos, Liban, Madagascar, Maroc, Mauritanie, Mexique, Népal, Nicaragua, Niger, Ouganda, Pérou, Philippines, Rwanda, Sierra Leone, Sri Lanka, Swaziland, Tanzanie, Thaïlande, Togo, Uruguay, Vietnam, Zimbabwe.


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