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3. Vélorution
Vélorution: sortir
des sentiers battus
En Amérique du Nord, le vélo est un objet
surtout récréatif. De toute évidence,
les retombées positives du cyclisme sur la santé,
l’environnement et l’économie sont méconnues.
Depuis des années, les gouvernements de plusieurs pays
(Cuba, Hollande, Danemark, Japon et Chine) considèrent
pourtant le vélo comme un moyen de transport fonctionnel,
très utile et même écologique. La pratique
du vélo utilitaire se répand ailleurs dans le
monde. Ici, les mythes sont tenaces, même si on voit
de plus en plus d'adeptes du cyclisme urbain. Équiterre
vous propose une incursion dans l'univers du vélo en
ville…
Des mythes qui ont la vie
dure
Le vélo: un simple outil de loisir? Voilà un
des nombreux mythes qui a la vie dure dans nos sociétés
vendues à l’automobile. Le vélo est beaucoup
plus que cela. Voici quelques mythes que nous nous appliquerons
à défaire.
Le vélo en ville,
c’est dangereux
Rouler à vélo en ville n’est pas dangereux
puisque les cyclistes pédalent en général
à basse vitesse. Rouler sur les grandes artères
est certes plus aventureux, mais les cyclistes ont l’avantage
de pouvoir choisir leur itinéraire, d'emprunter des
rues plus paisibles et des aménagements cyclables.
De nombreuses artères sont tout à fait accueillantes
pour les cyclistes. Il s'agit de les repérer et d'adapter
son parcours, quitte à faire quelques petits détours.
Il faut néanmoins porter attention aux portières
de voitures (qui peuvent s’ouvrir à tout moment
devant un cycliste), éviter de se placer dans l’angle
mort d’un automobiliste et anticiper ses réactions.
Rouler dans la pollution,
ce n’est pas très intéressant
Plusieurs automobilistes croient qu’ils sont plus à
l’abri des émissions polluantes dans leur voiture
que les cyclistes. Eh bien, c’est faux! Les concentrations
de polluants sont plus élevées dans l’habitacle
des voitures, car la ventilation d’une auto est située
à la hauteur des pots d’échappement. Le
cycliste, lui, prend son air nettement au-dessus des pots
d’échappement et il a l’avantage de pouvoir
se faufiler dans le trafic, donc de rester moins longtemps
que l’automobiliste dans les zones les plus embouteillées.
Ainsi, selon une étude danoise réalisée
en 2001, les automobilistes respirent un volume de polluants
de deux à quatre fois plus élevé que
les cyclistes.
Aller travailler en vélo
(veston et cravate), ça ne fait pas sérieux
Voilà un mythe tenace auquel il faut s’attaquer.
En effet, comme le dit Michel Labrecque, président
du Conseil régional de l'environnement (CRE) Montréal
et ex-président de
Vélo-Québec, «dans
la tête des gens, le vélo est encore une affaire
d’étudiants. Si vous portez une cravate, vous
ne pouvez pas vous déplacer en vélo».
Et pourtant, en Allemagne, en Finlande et aux Pays-Bas, les
messieurs en veston-cravate sont nombreux à sillonner
les rues à vélo et ce n’est pas faute de
moyens financiers.
Arriver en sueur au travail,
c’est désagréable
Simple question de planification! Il faut juste prévoir
suffisamment de temps pour faire le trajet jusqu’au travail
afin de ne pas être forcé de pédaler à
fond. On évite ainsi d’arriver au bureau en sueur.
En vélo, il faut aussi se conformer à la signalisation
routière, ce qui nous impose quelques ralentissements
et arrêts aux intersections. Il ne s'agit pas d'une
course contre la montre. Et puis, il fait généralement
plus frais le matin lorsqu'on se rend au bureau ou en classe.
Cependant, lors des périodes très chaudes de
l’été, on peut amener avec soi des vêtements
et se changer une fois rendu à destination. Enfin,
certains milieux de travail ou scolaires sont équipés
de douches.
Et en plus, il y a la pluie,
la neige, le vent…
Bien sûr, en vélo, on n’est moins à
l’abri des conditions atmosphériques qu’en
voiture. Cependant, il est assez rare que la météo
soit défavorable à la pratique du vélo.
En effet, selon un relevé fait sur quatre ans auprès
de cyclistes quotidiens (circulant en moyenne une heure par
jour ouvrable), un cycliste n’est confronté à
la pluie que dans 7,6% de ses trajets quotidiens (relevé
fait en Belgique, pays très pluvieux). Dans le cas
de journées maussades, le cycliste n’a qu’à
amener avec lui ses vêtements de pluie ou des vêtements
de rechange. Les vêtements de plein air confectionnés
aujourd’hui sont très imperméables, légers
et compacts.
Faire ses emplettes en vélo,
c’est impossible
En vélo, nul besoin de faire une grosse épicerie
dans une grande surface pour sauver quelques dollars (des
économies minimes annulées en partie par les
frais de déplacement: essence et usure de la voiture).
Avec des sacoches à vélo ou un panier bien adapté,
on peut magasiner dans son quartier. On en profite en même
temps pour garder la forme tout en encourageant les commerces
de son voisinage. Pour les plus gros achats, on peut utiliser
les services de livraison proposés par la plupart des
commerçants.
Je ne suis pas assez en
forme
Faire du vélo en ville, c’est souvent moins fatigant
que de marcher ou être pris dans un embouteillage, avec
le stress que cela signifie. Souvent, à vélo,
on n’a pas de grandes distances à pédaler
(3 à 5 km), mais en contrepartie, on peut en tirer
de grands bénéfices pour sa santé. À
cause des arrêts fréquents aux intersections,
le rythme est accessible même pour les personnes moins
sportives. On est loin du cours d'aérobie, à
moins que ce ne soit ce dont vous avez envie! Chacun y va
à son rythme.
D’autres mythes
existent concernant le cyclisme d’hiver,
une activité de plus en plus pratiquée à
Montréal.
Le vélo l’hiver,
ça doit être froid
Avez-vous froid en ski de fond? Non, alors pourquoi auriez-vous
froid en vélo? Il s’agit du même type d’exercice.
Il faut en outre s’habiller de la même façon
avec le système multicouche (aussi appelé pelures
d’oignon). Évitez donc les grosses doudounes!
Bien sûr, comme en ski de fond, le départ est
frisquet, mais on se réchauffe vite.
Le cyclisme d’hiver,
ce n’est pas sécuritaire, c'est même dangereux
Pédaler sur une chaussée glissante ou lors d’une
averse de neige peut certes être dangereux. Seuls les
cyclistes aguerris devraient s’aventurer dans de telles
conditions. Mais, comme c’est le cas pour les autres
saisons, la majorité du temps, la chaussée est
sèche et dégagée. À ce moment-là,
ce n’est pas plus dangereux, simplement… plus froid.
Les automobilistes ne sont
pas habitués aux cyclistes d’hiver
La présence de cyclistes dans les rues l’hiver
n’est plus une chose bizarre. À Montréal,
un nombre grandissant de personnes le sont, certaines étant
même âgées de 50 ans et plus. Au fil des
années, les automobilistes se sont même habitués
à la présence des cyclistes, été
comme hiver. Il suffit d'être prudent et de s'arranger
pour être vu des automobilistes.
Les avantages du vélo
En été comme en hiver, la pratique du cyclisme
offre d’indéniables avantages sur le plan de la
santé, de l’environnement, de l’économie
et même du point de vue social. En fait, le vélo
étant un mode de déplacement convivial et peu
coûteux, il permet d’être en contact avec
les passants, les autres cyclistes et même les automobilistes
qui sollicitent parfois les cyclistes pour des renseignements.
Comme l’a déjà dit Enrique Penelosa, maire
de Bogota de 1998 à 2001, très sensible aux
questions de transport et d’aménagement urbain,
la voiture est un moyen de différenciation sociale,
alors que le vélo est un instrument d’intégration
sociale.
Le vélo améliore
la santé
La pratique régulière du vélo réduit
les risques de troubles cardiovasculaires. D’après
la British Medical Association, une demi-heure de vélo
par jour permet de diminuer de moitié ces risques. Une
autre étude danoise mentionne même que le cyclisme
contribue à accroître l’espérance
de vie.
Le vélo permet aussi de développer un meilleur
métabolisme. La pratique modérée et régulière
du vélo facilite la digestion, l’irrigation du
cerveau et le maintien musculaire. Elle facilite le développement
neurosensoriel (ouïe, vue, odorat et toucher) grâce
au contact constant avec l’environnement qu’implique
le cyclisme. Elle développe l'endurance cardiaque et
permet une meilleure oxygénation des muscles des jambes
avec comme résultat une baisse significative du taux
de cholestérol, de l'hypertension artérielle
et de la glycémie. Enfin, elle est recommandée
par les médecins pour prévenir l’ostéoporose.
Circuler à vélo nous permet d'arriver à
notre destination en ayant fait le plein d'énergie.
Du coup, notre niveau de concentration est meilleur. Notre
performance au travail s'en trouvera améliorée…
Le vélo est plus
rapide que la voiture ou
le transport en commun pour de courts trajets
Plusieurs cyclistes vous le diront: en ville, le vélo
est aussi rapide, sinon plus que la voiture et le transport
en commun pour des trajets de 5 à 10 kilomètres.
Il y a deux explications à cela : les cyclistes
peuvent se faufiler aisément dans le trafic lorsqu’il
y a congestion et ils peuvent effectuer des trajets porte-à-porte,
ce qui n’est pas le cas pour l’automobiliste qui
perd toujours un certain temps pour garer sa voiture. Aux
heures de pointe et dans le trafic, le vélo est imbattable.
La preuve: les services de messagers utilisent des courriers
à vélo pour leur rapidité et leur efficacité.
Le vélo améliore
l’énergie sexuelle
Le cyclisme est un excellent exercice aérobique et,
comme tout exercice de ce type, il améliore la circulation
sanguine, accroît la production d’endorphines et
améliore le tonus musculaire. Selon le magazine cycliste
américain Bicycling, cette meilleure forme physique
aurait des :
meilleures relations sexuelles, accroissement de l’endurance
sexuelle et meilleur orgasme.
Le vélo contribue
à réduire la pollution
Merveilleux engin à propulsion humaine, le vélo
ne pollue pas. En ce sens, son utilisation à plus large
échelle serait un outil fantastique pour réduire
les émissions de gaz à effet de serre, responsable
des changements climatiques. Il n’est pas bruyant, ce
qui est aussi un grand avantage à une époque
où le bruit est de plus en plus présent. Enfin,
sa fabrication exige peu de ressources non renouvelables (métaux,
plastiques, etc.) et est peu gourmande en énergie.
Le vélo ailleurs
dans le monde
Devant tous ces avantages, il n’est pas surprenant que
certains pays (ex.: Pays-Bas, Danemark) aient inclus le vélo
dans leur politique de transport et qu’ils aient développé
d’importantes infrastructures pour les cyclistes. Les
Pays-Bas demeurent un modèle à suivre dans ce
domaine. Là-bas, la quasi-totalité des voies
urbaines et interurbaines sont pourvues d’aménagements
cyclables sécuritaires. Les stationnements pour vélo
abondent et les trains et les bateaux sont accessibles aux
cyclistes. Résultats: 28% des déplacements nationaux
se font à vélo. Dans les nouveaux développements,
les aménagements pour vélo sont encore mieux
pensés. Ils visent carrément à intégrer
les automobilistes dans une voirie conçue pour les
cyclistes. Une philosophie radicalement différente
de celle du «tout-à-l’auto» présente
en Amérique du Nord.
À plusieurs endroits en Europe, les villes ont aussi
appliqué des mesures d’apaisement de la circulation
(en anglais: traffic calming) ayant pour effet de ralentir
la circulation automobile, rendant par conséquent les
rues plus sécuritaires. Principal avantage: les rues
redeviennent des espaces multifonctionnels accessibles aux
enfants, aux piétons, aux patineurs et aux cyclistes.
La façon de faire consiste à modifier (ou à
prévoir) l’aménagement d’une rue en
implantant un mobilier urbain spécifique (saillies,
minigiratoires, dos d’âne, etc.) qui l’embellit
et élimine le parcours rectiligne habituel, sans relief.
Grâce à la création de ces «obstacles»,
on force les automobilistes à respecter la limite de
vitesse de 30 kilomètres/heure, limite souvent en vigueur
dans les zones résidentielles, mais rarement respectée.
À la suite de l'implantation de ces mesures dans le
quartier ouvrier de Moabit, à Berlin (Allemagne), peu
de véhicules roulent maintenant à plus de 32 km/h.
La mortalité attribuable aux accidents impliquant l'automobile
a ainsi été réduite de 57% et le nombre
de blessures graves et légères de 35%, le nombre
d'enfants blessés de 69%. Le bruit a beaucoup diminué.
Les aménagements ont permis de doubler la quantité
d'arbres. Et l'usage du vélo a augmenté de 50%.
Dans les pays en développement, l’usage du vélo
devient plus qu’un simple moyen de transport. Il permet
d’améliorer considérablement la productivité.
Ainsi, en Ouganda, 69% de la population est captive de la
marche. Le transport du bois, de l’eau ou des denrées
(sur plusieurs kilomètres) est le travail des femmes.
Le vélo permet de les libérer de cette charge. Le vélo est beaucoup plus facilement
accessible que la voiture dans les pays en développement. Il constitue
un outil de démocratisation et améliore la mobilité
là où un faible pourcentage de la population
possède une voiture.
Le vélo comme mode
de vie
Dans la plupart des villes québécoises et surtout
à Montréal, les vélos sont omniprésents
dans le paysage urbain. Leur usage demeure toutefois de nature
récréative. Mais les choses commencent à
changer: 6% des Québécois utilisent le vélo comme
principal moyen de transport. Sur l’île de Montréal,
ce pourcentage grimpe à 12%. L’usage du vélo
pour les déplacements domicile-travail et pour faire
des courses pourrait néanmoins être beaucoup
plus répandu. Plus il y aura de cyclistes dans nos rues,
plus il sera facile de convaincre nos élus d'investir
dans des infrastructures pour faciliter la pratique du vélo
(stationnements à vélo, pistes cyclables, etc.).
En démarrant l’Opération vélo-boulot,
Vélo Québec souhaite justement accroître
l’usage du vélo pour ces types de déplacement.
Utiliser le vélo pour nos déplacements est une
formidable contribution à la réduction des émissions
de gaz à effet de serre et d’autres polluants.
C'est par ailleurs un mode de vie très économique
et sain pour notre santé. Et vous, prendrez-vous part
à la «vélorution»? Quelques témoignages
d’adeptes du Cocktail transport et du vélo:
«Je ne suis pas une pure
et dure. Je ne rêve pas non plus de revenir à
l’époque des calèches. On a tous besoin
de se déplacer et je reconnais les avantages que
procure parfois l’automobile. Je dis bien parfois car,
à mon avis, il y a trop d’automobiles pour l’usage
qu’on en fait. Et pourtant, il existe des alternatives.»
«Au fur et à mesure
que le vélo est entré dans notre vie, il l'a
modelée. Il nous a ouvert les yeux sur les concepts
d'urbanité, de communauté, de proximité
et de simplicité, bref, sur la vie. Il nous a aussi
libérés de beaucoup de contraintes qui aliènent
notre quotidien (auto, coûts du transport, trafic,
attentes interminables du métro et de l'autobus,
travail pour payer les dépenses supplémentaires,
etc.). Il nous a fait gagner du temps, épargner beaucoup
d'argent, nous a gardés en forme et nous a fait découvrir
plein de coins inconnus de notre ville.»
Données intéressantes
sur le vélo
Au niveau mondial, le vélo assure 7% des distances
parcourues (et 11% des déplacements totaux), ce qui
le classe au quatrième rang des moyens de transport
les plus utilisés après l’automobile, l’autobus et
la marche, et ex æquo avec le train et l’avion.
Quelques statistiques pour le Québec :
Sources: L’État du vélo au Québec en 2000,
Vélo Québec, Fédération européenne
des cyclistes et Vélocité, septembre-octobre
2001, no 63.
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