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Combustibles fossiles, le commencement de la fin?

Blog - Steven Guilbeault

Deux déclarations faites la semaine dernière m’ont incité à vous proposer ce titre.

D’abord, la rencontre annuelle de l’Association québécoise du pétrole et du gaz, où le PDG, Michael Binnion, avouait que l’industrie des combustibles fossiles «perdait la guerre». Il a également laissé entendre qu’aucun projet ne pouvait plus se faire au Québec et que la province fait preuve d’un certain immobilisme.

L’idée que le Québec est le seul endroit où les projets énergétiques tels que l’exploitation des gaz de schiste ou les projets liés au pétrole font face à une opposition grandissante a peut-être de quoi plaire à une partie de l’élite économique ou de la droite québécoises. Mais cette idée repose beaucoup plus sur une vue de l’esprit que sur la réalité.

Le monde a changé. L’époque où les grandes entreprises et les gouvernements pouvaient faire la pluie et le beau temps est révolue. Vous croyez vraiment qu’il n’y a qu’au Québec que ce blocage, cette résistance embête l’industrie des énergies fossiles? Que dire de l’opposition au projet Keystone XL aux États-Unis, de la bataille du pipeline Northern Gateway en Colombie-Britannique?

Même résistance au développement du charbon en Australie, voire en Chine, où, malgré la dictature, la population se révolte contre un modèle de développement qui se fait au prix de dommages environnementaux et sociaux.

Mais intéressons-nous à une autre réalité économique, si vous le voulez bien. Le développement de l’économie sociale au cours des dernières décennies est porteur de nouveaux espoirs économiques chez nous. On y compte près de 5 000 entreprises offrant une énorme diversité de services. 53 % sont des coopératives et les 47% restants sont constitués d’organismes sans but lucratif. L’économie sociale, c’est plus de 124 000 emplois et un chiffre d’affaires annuel de 17,2 G$, ou 6% du PIB du Québec. Que dire des mesures en efficacité énergétique, qui ont multiplié par 10 au cours de la dernière décennie les quantités d’énergie épargnées, tout en créant un nouveau secteur d’emplois?

L’autre phrase de M. Binnion est, à mon avis, très révélatrice de la mentalité d’une partie d’une certaine élite économique: « We are losing the winning conditions that we have taken for granted for 100 years or more ».

Ce n’est pas demain la veille du jour où les combustibles fossiles disparaîtront de notre quotidien, mais peut-être que le virage est bien amorcé.

Suivez la chronique La vie en vert de Steven Guilbeault dans le journal Métro