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Le fonds vert bientôt sans fonds !

Lors de la conférence de Copenhague en 2009, les pays industrialisés se sont engagés à créer un nouveau fonds.

Ce nouveau fonds devait tout d’abord permettre aux pays en voie de développement de suivre un modèle de développement plus durable que celui que les nations riches ont adopté. Ce fonds devait ensuite permettre à ces pays de s’adapter aux conséquences de plus en plus importantes du changement climatique.

Plusieurs organisations internationales, dont Oxfam International, estiment que pour atteindre les objectifs internationaux d’adaptation environnementale et de réduction des GES établis à Copenhague pas moins de 100 G$ seraient nécessaires annuellement jusqu’en 2020.

Sachant très bien que cet argent ne serait pas amassé du jour au lendemain, les pays se sont entendus pour mettre sur pied un fonds temporaire qui couvrirait la période 2000-2012. Et, les pays donateurs se sont engagés à verser 30 G$.

Par ailleurs, selon l’entente de Copenhague, les milliards investis devaient être de l’argent neuf et non pas de l’argent déjà prévu (et souvent annoncé) dans le cadre de programmes existants d’aide au développement pour des questions comme l’éducation, la malnutrition, le sida, etc.

Nous voici à la fin de l’année 2012 et certains constats s’imposent. Il faut d’abord souligner que l’objectif de 30 G$ a été atteint, ce qui est une très bonne chose. Toutefois, après analyse, on découvre que seulement 33 % de l’argent alloué est neuf.
Comme on dit par chez nous, les pays donateurs ont «déshabiller Pierre pour habiller Paul». Ça ne fait pas des enfants forts!

Par ailleurs, plus de la moitié de l’argent versé aux pays en voie de développement l’a été sous forme de prêt, ce qui constitue un véritable scandale, pour plusieurs raisons.
La première est que les pays riches ont été responsables de 80 % des émissions de GES dans l’atmosphère au cours des dernières décennies. Nous avons d’ailleurs reconnu cette responsabilité historique dans la Convention de Rio.

Mais non contents d’avoir causé le problème, nous voulons PRÊTER les fonds nécessaires à des pays comme le Bangladesh, l’Inde et Haïti afin qu’ils puissent s’adapter au changement climatique!

Il est important de souligner que la question du financement est devenue l’un des enjeux clés des négociations sur les changements climatiques. D’une part, parce que les besoins des pays en voie de développement en matière d’adaptation aux changements climatiques se font de plus en plus criants, mais aussi parce que les pays riches ont promis beaucoup par le passé, mais, hélas, n’ont pas été à la hauteur en terme d’accomplissements.

Au-delà du fait qu’une partie du financement constitue de l’argent recyclé, mais aussi que plus de la moitié représente des prêts, l’autre enjeu important à considérer est le ratio entre les sommes investies dans la réduction des émissions de GES dans les pays en voie de développement d’une part, et, d’autre part, les investissements nécessaires pour permettre à ces pays de s’adapter aux impacts des changements climatiques.

Le bilan de la première période du Fonds vert sur le climat nous apprend que seulement 20% des sommes disponibles sont allées vers des actions visant l’adaptation.

Il y a quand même quelque chose de très ironique dans le fait que les pays industrialisés insistent tant sur la réduction des émissions de GES des pays en voie de développement alors que plusieurs d’entre eux (Japon, États-Unis, Canada, etc.) se sont montrés peu enclins à réduire leurs propres émissions…

Autre élément inquiétant pour le Fonds: au-delà de la période 2010-2012, rien n’est actuellement prévu. Les pays donateurs ont bien réitéré à plusieurs reprises leurs intentions de continuer d’aller de l’avant, mais à moins d’une décision, et d’un engagement ferme dès cette année, le Fonds sera à sec à partir de l’an prochain.

Vous allez me dire qu’en période de ralentissement économique, et au moment où l’Union européenne vit une crise financière importante, l’heure est plutôt mal choisie pour demander des fonds supplémentaires de la part des pays riches.

J’aurais moins de difficulté à accepter cet argument si ce n’était du fait qu’encore cette année, les subventions et aides diverses aux combustibles fossiles dépassent les 700G$. Pour le Canada, c’est plus de 2G$ par année qui vont dans les poches des pétrolières, sans compter les subventions pour le charbon et le gaz naturel. Il faut ajouter à cette somme les 700G$ qui ont été mobilisés par les gouvernements afin de sauver de la faillite des voleurs en complets des banques et autres GM de ce monde en 2008-2009? Et finalement mon préféré: les 1, 7 milliard de dollars dépensés dans le secteur militaire, chaque année.

De l’argent, il y en a pas mal plus que de la volonté politique!

Chronique du Journal Métro