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Voter, c'est voter

par : 
Hugo Séguin
Blog - NPD, Ruth Ellen Brosseau

Éco-sociologue et cofondatrice d'Équiterre, récipendaire de la prestigieuse bourse Trudeau, Laure Waridel a popularisé avec brio le slogan « Acheter, c'est voter », nous rappelant la portée politique de nos gestes de consommation.

Sur elle et sur quelques dizaines de militants de sa trempe en Europe, en Amérique du Nord et un peu partout sur la planète, repose le socle intellectuel de grandes campagnes en faveur du commerce équitable et de l'achat local, en passant pas l'interdiction des pesticides de synthèse à des fins esthétiques chez Rona et la certification FSC dans l'industrie forestière, jusqu'aux pressions en faveur de normes européennes hostiles au pétrole des sables bitumineux.

Oui, acheter, c'est voter, slogan adaptable à des centaines de gestes quotidiens, qui réconcilie le consommateur avec un ensemble de valeurs sociales plus larges. Slogan très contemporain aussi, individualisable, en phase avec l'éclatement des identités et de la modernité liquide dans laquelle nous serions entrés.

Maintenant, est-ce que voter, c'est acheter, au sens où nous consommerions aujourd'hui nos représentants politiques, leurs idées et leurs solutions au même titre que nous magasinons des vêtements, une voiture, du café? « Aaah! J'ai pris corsé hier matin, je vais prendre velouté aujourd'hui. »...

À voir les résultats des dernières élections fédérales au Québec, à lire le sondage Le Devoir-Léger Marketing sur la popularité des personnalités politiques et à constater l'engouement des Québécois à l'endroit d'une formation politique (encore) inexistante au chef relativement discret, on pourrait conclure que oui.

Porté aux nues hier, Amir « recule » aujourd'hui à la 7e position, remplacé par François Legault, qui lui n'a jamais eu à se mouiller sur la question de l'amphithéâtre de Québec. Il n'en est que plus « frais ». Des députés de tous les partis, se décarcassant pour leurs concitoyens en leur sacrifiant leur vie familiale, se font foutre à la porte par des électeurs leur préférant souvent des candidats fantômes dont ils ne savent rien.

Quand, comme député sortant qui bosse dur, tu goûtes à la même médecine qu'André Arthur, tu te demandes si ça valait la peine d'avoir offert tes services à la collectivité.

Inquiétant. On peut déplorer tant qu'on voudra la crise du politique, il faut tout de même reconnaître la responsabilité citoyenne dans sa déliquescence.

Si le geste de consommer est un geste politique, un geste politique n'est pas un geste de consommation. L'éthique qui les gouverne n'est pas la même.

Une éthique citoyenne doit d'abord reposer sur le respect des institutions politiques. Un mouvement comme celui que prône Équiterre ne peut voir le jour que s'il existe des institutions politiques solides et fonctionnelles capables d'agir au nom de l'intérêt public. Miner ces institutions ne sert les intérêts que de ceux et celles qui veulent tout laisser aux règles du marché et à la loi de la jungle.

Elle doit aussi reposer sur un engagement citoyen. C'est facile d'être gérant d'estrade, de critiquer les décisions prises par d'autres. Encore faut-il se mouiller de temps en temps et contribuer à la gouvernance du bien commun : assister aux réunions du conseil municipal,  siéger sur un comité de parents, donner du temps pour une ONG, ou se présenter à un poste électif.

L'éthique citoyenne doit également reposer sur une réappropriation de nos réflexes d'indignation, en même temps que sur notre capacité de nous garder des solutions magiques et de mettre tout le monde dans le même panier. Et aussi sur la recherche du consensus - autant que faire se peut - à travers un débat dont l'objectif est la recherche d'un terrain d'entente plutôt que d'écraser un « adversaire ».

Nous ne gagnons strictement rien, comme mouvement citoyen, à assister, complices, à l'implosion du politique et à son remplacement par une série d'épisodes en boucle de Star Académie.

Comme consommateurs, continuons à nous rappeler qu'acheter, c'est voter. Comme citoyen, rappelons-nous que voter, c'est voter.

Voter, c'est voter!

Bonsoir Hugo, 100 % d'accord avec vous: l'implication citoyenne selon le rythme et les intérêts de chacun est un excellent antidote au cynisme, un beau moyen de briser l'isolement et de prendre conscience de la complexité de la réalité et de s'affirmer collectivement pour permettre aux élus prendre des décisions qui favoriseront l'intérêt de la majorité. Quoique l'on en dise, nous vivons dans une société démocratique et nous avons tendance à sous-estimé les opportunités de prise en charge que cela nous permet. Pour conserver cet acquis, la moindre des choses serait de s'informer adéquatement afin de voter en toute connaissance de cause lors des élections. Ce serait une belle marque de reconnaissance pour les hommes et les femmes qui qui la plupart du temps, sont réellement dévoués et soucieux de la collectivité. Il faut quand même avouer que c'est tout un engagement social que d'accepter de consacrer 4 ans de sa vie à la chose publique. Je salue le courage de ces gens et je m'implique selon le temps dont je dispose dans un mouvement citoyen pour leur transmettre mes opinions (dans mon cas, j'oeuvre à implanter un groupe écocitoyen dans ma municipalité à raison de 2 à 5 heures par semaine). La solidité de nos institutions politiques sera guarantie que si des hommes et des femmes dévouées continues à s'y impliquer. Salutations, Steven Maheux Citoyen d'Amos (Abitibi)