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QUAND LES FERMES POUSSENT SUR LES TOITS

Mem- IGA

Un potager, des vers de terre et même des abeilles ont élu domicile sur le toit du IGA de
l’arrondissement Saint-Laurent. Il suffit maintenant aux tomates, aux laitues et aux fines herbes biologiques de descendre l’escalier pour rejoindre les tablettes de l’épicerie.

Un projet unique au Canada

Ce projet est unique au Canada : c’est le plus grand potager biologique cultivé à l’air libre sur un toit de supermarché, le premier à utiliser un système d’irrigation provenant du déshumidificateur du magasin et la première épicerie qui vend des légumes poussant sur son toit!

Lorsque l’épicerie de la famille Duchemin s’est installée sur le boulevard Henri-Bourassa,
l’arrondissement a exigé que l’entreprise se dote d’un toit vert sur 50 % de sa surface pour contribuer à réduire les îlots de chaleur urbains. L’un des propriétaires, Richard Duchemin, a fait de cette exigence une opportunité. « Je me suis dit : quitte à faire un toit vert, autant faire pousser des légumes », se rappelle M. Duchemin. Le défi a été relevé par La ligne verte. Cette entreprise, fondée par Antoine Trottier et Patrice Godin, possède près de neuf ans d’expertise dans l’aménagement de toits verts. Elle a notamment aménagé le potager de toit du Santropol Roulant. Pour le toit du IGA, un projet de serre, trop coûteux, a finalement été abandonné au profit d’un projet de maraîchage biologique en plein air. Il accueille également huit ruches gérées par l’entreprise Alvéole, qui fourniront plus de 600 kg de miel cette année.

Le IGA de la Famille Duchemin a accordé un bail de dix ans à la Ligne Verte. Pour Tim Murphy, le chef de projet et l’un des deux maraîchers de la Ligne Verte qui se charge des 2300 mètres carrés de potager, c’est « une ferme comme une autre », à la différence qu’elle pousse sur un toit. Ce petit détail a nécessité la consultation d’un agronome qui a mis en place quelques aménagements. « Le vent et la chaleur sont plus intenses sur un toit, d’où la présence de gravier blanc pour repousser la chaleur, et un maraîchage le plus possible au ras du sol » explique M. Murphy. Le chef de projet ajoute qu’il fallait beaucoup d’ingéniosité pour maintenir la fertilité des sols avec seulement 6 pouces de terre. Pour ce faire, un compost de qualité est requis et un engrais vert est ajouté dès la fin des récoltes, afin de protéger et nourrir la terre pour l’année suivante ».

À terme, neuf mois de production sont espérés puisque la chaleur permet de débuter la
production dès la fonte des neiges et des tunnels peuvent être installés dès que le froid se fait sentir.

Tout le monde y gagne

Cette année, plus d’une trentaine de variétés de légumes et de fines herbes certifiées
biologiques par Écocert ont été produites. C’est presque la totalité de la production qui est vendue au IGA sous la marque « Frais du toit ». Rien n’oblige La ligne verte à faire affaire avec IGA, mais cette entente est bénéfique aux deux parties.

Les deux maraîchers peuvent se concentrer sur leur passion : faire pousser leurs légumes. Pas besoin de se soucier du transport ou encore de trouver des clients... D’autant plus que la demande est souvent plus forte que l’offre. Les produits « Frais du toit » ont acquis une grande popularité auprès des clients malgré un prix plus élevé, les coûts de production n’étant pas totalement compensés par l’absence de transport.

L’épicerie, quant à elle, surfe sur la vague du développement durable. Le bâtiment est construit selon les normes de certification LEED MD Argent et mise sur l’approvisionnement hyperlocal et du frais cueilli en accueillant cette ferme sur leur toit.

Faire avancer l’approvisionnement « hyper local » 

IGA a mis en place une stratégie pour fidéliser les clients qui hésitaient entre plusieurs épiceries. Tout l’été, des visites du potager ont été organisées et un écran a été installé dans le magasin pour permettre aux clients de suivre en direct l’avancement du potager.

Les potagers sur les toits permettent de rapprocher davantage le consommateur du producteur et ne demandent qu’à se multiplier pour combattre les îlots de chaleur, tout en développant l’agriculture urbaine.

Félix Gravel, le directeur adjoint du Conseil Régional de l'Environnement de Montréal, nous explique à cet effet que : « la plupart des arrondissements interdisent pour l’instant de faire des serres sur les toits [...] Le zonage agricole devient de plus en plus rare sur l’île de Montréal. Il faut trouver des mécanismes qui soient plus simples pour l’approbation des permis ». La révision du plan d’urbanisme de la ville fait d’ailleurs partie des récentes promesses électorales.

Sources:

Article du magazine cent degrés : « Cultiver des légumes sur le toit d’un IGA: bienvenue dans l’ère du supermarché 2.0! »
Site de IGA section « Frais du Toit »
Entretien avec Tim Murphy, chef de projet et maraîcher à la Ligne Verte.
Webdiffusion : Quels enjeux environnementaux pour l’île de Montréal, 17 octobre 2017, Coralie Deny, Félix Gravel et Emmanuel Rondia du CRE de Montréal.