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Actualité  •  20 min

Comprendre la hausse des camions légers au Canada afin de renverser la tendance

Publié le 

Table des matières


Ces messages nuisent à la prise de décision éclairée en matière de choix de véhicules.

2. À combien s'élèvent les investissements en publicité automobile?

La publicité automobile, dont celle faisant la promotion des camions légers, bat son plein au Canada. Le rapport analyse l’ampleur du phénomène et de son omniprésence dans l’espace public. Alors que 47% des acheteur.euse.s de nouveaux véhicules disent être influencé.e.s par une quelconque forme de médias tout au long du processus d’achat, l’industrie automobile représentait à elle seule 21% du total de l’investissement en publicité numérique seulement en 2018, ce qui la classait au premier rang de ce palmarès.


3. Quelles sont les lois, règlements et normes qui encadrent la publicité automobile au Canada?

L’analyse démontre que la législation canadienne en matière de publicité est incompatible avec les cibles climatiques gouvernementales et devrait être réformée pour illustrer l’urgence environnementale.

Au Canada, il n’existe aucune législation fédérale ayant pour objectif de surveiller la publicité automobile en amont de sa diffusion.

Les législations en place agissent plutôt de manière réactive, soit après avoir reçu des plaintes, après avoir reçu des plaintes plutôt que d’exercer un contrôle avant que les publicités ne soient diffusées au grand public. Le secteur automobile jouit donc d’une liberté quasi infinie de promouvoir les véhicules surdimensionnés et est soumis à peu de contraintes légales.

  • Il n’y a pas de contrôle des publicités en amont de leur diffusion;
  • Certains secteurs ont des codes spécifiques à respecter, mais pas l’industrie automobile;
  • Les normes et les lois relatives à la publicité, tant fédérales que provinciales, évoluent en fonction des enjeux de santé publique et des débats sociétaux émergents, mais l’environnement n’a pas encore été intégré dans ces outils.
4. Quelles sont les meilleures pratiques réglementaires entourant la publicité automobile à l’international?

Belgique
Les publicités ne peuvent pas tromper le public quant aux effets du produit sur l’environnement. Il existe des restrictions quant à l’utilisation de lieux n’appartenant pas au réseau public routier.

Royaume Uni
Les publicités automobiles doivent inclure l’information à propos de la consommation de carburant et des émissions de CO2 du véhicule.

Nouvelle-Zélande
Les publicités automobiles ne doivent pas encourager ou dépeindre des dommages à l’environnement dans les zones présentant une valeur de conservation importante (lits de rivières, zones humides, tourbières, bords de lacs et estuaires).

Suède
Des termes comme « respectueux de l'environnement » ne peuvent être utilisés que si, durant tout son cycle de vie, le produit ne nuit pas à l'environnement ou l'améliore.

5. Quelles sont les recommandations d'Équiterre?

«Nous avons une dépendance collective aux camions légers. Il nous faut maintenant un traitement-choc pour nous en défaire. Alors que le Canada est en retard sur ses objectifs climatiques et que la plupart des secteurs réduisent leurs émissions de GES,
celles du secteur des transports augmentent, et les pratiques publicitaires exacerbent cette tendance.» 
– Andréanne Brazeau, analyste en mobilité

Afin que le Canada oeuvre efficacement à l’atteinte de la carboneutralité d’ici 2050, il est impératif que les gouvernements jouent un rôle actif pour arrimer le cadre réglementaire auquel la publicité automobile est soumise avec les objectifs climatiques du pays et réorienter les choix de consommation en matière de transport.

Les principales recommandations d’Équiterre sont les suivantes :

1. Reconnaître la hausse des camions légers comme un problème de santé publique et de sécurité publique.
2. Mettre sur pied un comité consultatif indépendant et multisectoriel pour accompagner les gouvernements.
3. S’inspirer des restrictions publicitaires existantes (tabac, vitesse au volant, publicités destinées aux enfants).
4. Accroître progressivement la réglementation entourant la publicité automobile et ses investissements.

  • Créer un code canadien de la publicité automobile qui comprendrait l’obligation d’afficher les émissions de CO2 et/ou la consommation de carburant et qui restreindrait la représentation de la nature
  • Mettre sur pied un mécanisme de validation du contenu des publicités automobiles avant leur diffusion

5. Réaliser davantage de campagnes de promotion de la mobilité durable

2. ACHAT DE CAMIONS LÉGERS AU CANADA : ANALYSE DES MOTIVATIONS

Mené par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) et HEC Montréal, ce volet de l’étude a fait ressortir les motivations d’achat de VUS et autres camions légers et a offert un regard neuf sur l’influence des stratégies de marketing de l’industrie automobile sur la volonté d’acheter un VUS. Il comprend (1) une enquête réalisée auprès de la population canadienne, (2) des entrevues individuelles et (3) des groupes de discussion.

Le rapport répond aux questions suivantes :

1. Quels sont les facteurs qui influencent la propension à choisir un VUS?

L’intérêt croissant de la population canadienne pour les VUS est confirmé : ce type de véhicule est le plus apprécié. Voici les principaux facteurs internes identifiés :

  • Les facteurs sociodémographiques et contextuels (lieu, mode de vie, âge, revenu du ménage);
  • Les facteurs psychologiques personnels (valeurs et attitudes);
  • Les facteurs liés aux véhicules et à la conduite (instrumentalité du véhicule, aspects symboliques et aspects affectifs).

L’environnement externe (normes sociales, médias et publicités) joue aussi un rôle dans le développement des préférences individuelles.

2. Quels sont les principaux constats du côté des facteurs internes?

D’abord, les Canadien.ne.s jugent que les véhicules, peu importe leur type, sont indispensables (5,73 sur 7). Néanmoins, plus les gens considèrent leur véhicule comme indispensable, plus ils sont enclins à acheter un VUS.

De plus, en 2020, au Canada, un.e propriétaire de VUS typique est une femme d’âge moyen, en couple, qui a des enfants et qui vit en banlieue.

Du côté des facteurs sociodémographiques, on observe que :

  • Les femmes et les personnes âgées de 25 à 34 ans ont une plus grande intention d’acheter un VUS;
  • Les personnes vivant en milieu rural sont nettement plus enclines à acheter une camionnette (pick-up) que les personnes vivant en milieu urbain;
  • Les provinces où l’intention d’achat d’un VUS est la plus élevée sont Terre-Neuve-et-Labrador, le Nouveau-Brunswick, l’Alberta et la Saskatchewan;
  • Les provinces où l’intention d’achat d’une camionnette est la plus élevée sont la Saskatchewan, l’Alberta et le Nouveau-Brunswick;
  • Une forte relation est établie entre le revenu familial et l’intention d’achat d’un VUS : celle-ci augmente avec chaque tranche de revenu;
  • Plus le nombre de personnes dans un ménage est élevé, plus la probabilité d’acheter un VUS augmente.

Pour les facteurs psychologiques, on constate que les personnes les plus susceptibles d’acheter un VUS :

  • Accordent beaucoup d’importance aux valeurs telles que l’ambition, le pouvoir, l’influence et l’autorité; et
  • Aiment conduire.

On observe aussi que les personnes qui ont des valeurs environnementales fortes ou qui considèrent les véhicules comme un simple moyen de se rendre du point A au B sont moins susceptibles d’acheter un VUS.

Enfin, lorsque vient le temps de choisir un véhicule :

  • Les trois critères les plus importants en lien avec celui-ci sont la sécurité en termes d’impact, la sécurité en termes de conditions météorologiques (mauvais temps, hiver) et le prix;
  • Les options de financement offertes ont une influence majeure : les propriétaires de VUS ont plus souvent recours au financement du concessionnaire, et les propriétaires de voitures à leur épargne personnelle.
3. Quelles sont les principaux constats du côté des facteurs externes?

L’étude révèle que :

  • Les différentes sources d’information ont une influence importante dans le choix d’un véhicule;
  • Les concessionnaires sont la source d’information la plus récurrente lorsqu’il est question de choisir un véhicule, suivie de l’entourage et des sites internet tiers;
  • Les normes sociales descriptives constituent le facteur entraînant la plus grande probabilité d’achat d’un VUS, ce qui veut dire que l’approbation des autres influence largement nos décisions;
  • L’influence des médias sur le choix d’un VUS comme prochain véhicule est significative.
4. Quelles sont les principales conclusions des entrevues?

Les personnes qui possèdent un VUS…

  • Sont absolument convaincues de sa supériorité, notamment en termes de confort et de sécurité en cas de collision ou en raison des conditions météorologiques changeantes;
  • Estiment que la taille, la hauteur et le poids élevés du véhicule créent un sentiment de robustesse et de stabilité;
  • Aiment leur véhicule, car il leur procure un sentiment de contrôle;
  • Se préoccupent peu du danger que représente leur véhicule pour les autres.
  • Trouvent « normal » de posséder un VUS, que ce soit en raison de la taille moyenne des véhicules, qui est en croissance constante, ou de l’influence forte qu’occupe la famille, un concept fortement associé à ce type de véhicule.
5. Quelles sont les principales conclusions des groupes de discussion portant sur la publicité?

Contenu
Les personnes ayant pris part aux groupes de discussion…

  • Affirment être conscient.e.s des pratiques de marketing visant à rendre les gros véhicules plus attrayants;
  • Semblent toutefois être influencé.e.s par la publicité si l’on se fie à la facilité avec laquelle elles se rappellent d’images de plein air et d’aventure;
  • Associent la domination d’un environnement rude et hostile par un VUS à la sécurité; et
  • Mentionnent l’attachement émotionnel promu dans les publicités, qui vont jusqu’à représenter le VUS comme un membre de la famille.

Prix et options de financement
Les personnes ayant pris part aux groupes de discussion…

  • Soulèvent l’espace central qu’occupent les informations relatives au prix et au financement dans les publicités et estiment être conscient.e.s qu’il s’agit de tactiques pour faire paraître les VUS plus abordables qu’ils ne le sont;
  • Sont souvent en mesure de raconter l’expérience de membres de leur entourage quant à leurs difficultés à honorer les paiements requis; et
  • Jugent que les informations sur les coûts totaux des véhicules sont importantes et utiles à inclure dans les publicités.

Informations relatives à l’impact environnemental
Les personnes ayant pris part aux groupes de discussion…

  • Estiment que l’inclusion d’informations relatives à l’empreinte environnementale ou à la consommation de carburant est inutile dans les publicités de véhicules;
  • Ne font pas confiance aux constructeurs pour faire des déclarations véridiques sur l’efficacité énergétique des véhicules ou sont incapables de donner un sens à ces informations lorsque celles-ci sont présentées de manière brute;
  • Croient que les informations relatives à la consommation (coût et utilisation de carburant, émissions de GES) dépendent surtout du style de conduite et ne sont donc pas objectivement comparables.
6. Quelles sont les recommandations d’Équiterre?


«Plusieurs champs d’intervention se dessinent. Il faut nécessairement changer le récit entourant ce qui est considéré comme normal ou souhaitable aux yeux de la société. Le VUS ne devrait plus être vu comme un bien auquel on aspire. Alors qu’il est devenu le symbole de la famille, on doit s'interroger sur l’héritage que l’on souhaite laisser à nos enfants. Voulons-nous vraiment des véhicules toujours plus gros qui menacent nos milieux de vie?»
– Andréanne Brazeau, analyste en mobilité chez Équiterre

Visant à «dénormaliser» l’utilisation du VUS et réduire son acceptabilité sociale, les recommandations d’Équiterre pour renverser cette tendance se divisent en deux catégories : (1) les stratégies communicationnelles à explorer par les gouvernements et la société civile, ainsi que (2) les actions à poser en matière de réglementation de la publicité.

1. Développer des stratégies communicationnelles adaptées en misant sur :

  • Les réflexions entourant les besoins et la présentation d’alternatives telles que l’emprunt, la location et l’autopartage lorsque notre emploi n’exige pas de VUS ou que notre famille est peu nombreuse;
  • L’angle de l’héritage pour questionner l’atteinte à la qualité de l'environnement ainsi que les prédispositions que les gens transmettent à leurs enfants;
  • La réalité dans les publicités, par exemple en juxtaposant les images des constructeurs à la réalité (une chèvre de montagne collée à une image d’une voiture dans le trafic);
  • Le changement des normes sociales en incitant les gens à se tourner vers des véhicules plus respectueux de l’environnement.

2. Réglementer la publicité automobile (voir rapport Sans limite ci-haut) de manière à assurer la transparence et la clarté des informations :

  • Rendre obligatoire l’affichage du prix total des véhicules, une information jugée importante et utile au sein des groupes de discussion;
  • Limiter les tactiques de marketing qui font qu’un véhicule a l’air plus abordable qu’il ne l’est réellement aux yeux d’un public vulnérable. Ces tactiques incluent :
    • L’utilisation des modèles de base comme référence de prix;
    • L’utilisation de petits caractères pour afficher les coûts supplémentaires;
    • L’affichage du montant à payer sur une base hebdomadaire pour qu’il ait l’air plus petit;
    • Les options de financement à 0% d’intérêt en gros caractères pour attirer l’attention.
  • Vulgariser l’impact environnemental et social des véhicules à l’aide d’images et de comparaisons auxquelles le public peut s’identifier et qui ne sont pas objectivables (ex. nombre d’arbres à planter pour compenser les émissions de GES du véhicule, comparaison des véhicules entre eux à l’aide d’un code de couleurs relié à l’impact environnemental).

3. LES CAMIONS LÉGERS : DÉFINITIONS ET ÉVOLUTION DE L'OFFRE

Par Polytechnique Montréal

Préparé par la Chaire Mobilité de Polytechnique Montréal, ce rapport explore les différentes définitions et classifications des camions légers. L’étude observe l’évolution de l’offre des véhicules légers au fil des décennies et identifie des pistes d’action entourant les possibles typologies à adopter par les instances politiques.

Le rapport répond aux questions suivantes :

1. Comment les caractéristiques des véhicules ont-elles évolué à travers le temps?

Depuis plus d’un siècle, les caractéristiques des véhicules ont beaucoup évolué, et l’offre s’est considérablement transformée.

A. Les véhicules canadiens sont de plus en plus larges, de plus en plus longs, de plus en plus hauts et, sans surprise, de plus en plus lourds.

Ce constat est sans équivoque. Entre 1994 et 2019, la taille des caractéristiques principales des véhicules a augmenté significativement :

  • La masse a augmenté de 25%;
  • La surface au sol a augmenté de 11%;
  • L’empattement a augmenté de 7,4%;
  • La largeur a augmenté de 5,5%;
  • La longueur a augmenté de 5%.

Concernant ce dernier point, 10 véhicules de moins entrent sur une voie d’un kilomètre!

Il n’est donc pas étonnant de constater que la taille des berlines s’approche désormais de celle des VUS intermédiaires, tout en se distinguant de plus en plus des bicorps. Cette tendance crée un phénomène d'obésité routière de plus en plus marqué au Canada.

B. Les modèles de véhicules et leurs versions se multiplient.

Entre 1994 et 2019, on observe sur le marché :

  • une augmentation de 42% du nombre de modèles de véhicules;
  • une augmentation de 60% du nombre de versions des modèles.

Les constructeurs misent sur une offre fortement personnalisée de leurs modèles de véhicules. Les caractéristiques, parfois minimes, qui différencient les modèles et les versions permettent aux fabricants de se positionner partout sur le marché, ce qui leur est extrêmement profitable.

Il est primordial d’arriver à un consensus afin de distinguer les catégories et mieux documenter les impacts de cette transformation sur la sécurité pour autrui et sur la congestion routière.

2. Comment l’industrie automobile définit-elle et classe-t-elle les véhicules légers?

A. Les termes utilisés pour décrire et classer les véhicules sont largement déterminés par l’industrie automobile, qui ne propose pas de définition claire des VUS et autres camions légers.

La classification en fonction du type de carrosserie des véhicules, de la gamme (poids, volume intérieur, etc.) à laquelle ils appartiennent ou encore de leur transmission sont des méthodes utilisées par l’industrie automobile. Des variations existent au sein même d’un système de classification. Les critères de classement utilisés pour informer les consommateur.trice.s sur leurs options d’achat sont relativement variables et subjectifs selon la source consultée. En effet, Car and Driver distingue trois gammes de VUS, alors qu’Edmunds en distingue 14.

3. Comment les gouvernements définissent-ils et classent-ils les véhicules légers?

Chacune des instances publiques définit les véhicules en fonction des objectifs qui lui sont propres, ce qui crée des incohérences. Elles précisent tantôt le poids, les caractéristiques physiques, les composantes mécaniques, les usages ou le nombre de passager.ère.s qui servent à catégoriser les véhicules.

Ainsi, des variations dans la définition des camions légers et des VUS existent par exemple entre les paliers de gouvernement. Le Québec est la seule province à avoir déterminé un seuil de 3 000 kg pour qualifier les véhicules dits «légers». Au niveau fédéral, le seuil utilisé est de 10 000 livres (4 536 kg).

En outre, l’Environmental Protection Agency classe les voitures en fonction de leur volume intérieur, alors qu’elle classe les VUS en fonction de leur poids. Cette réglementation, sur laquelle se base la réglementation canadienne sur les émissions de GES des véhicules légers, est dépassée : elle ne reflète pas les tendances actuelles sur le marché.

4. Quels sont les enjeux en lien avec la définition et la classification des véhicules?

La transformation du parc de véhicules au Canada crée des discordances entre les systèmes de classification. Plusieurs incohérences sont constatées :

  • Entre les définitions et les classements utilisés par l’industrie automobile et par les gouvernements;
  • Dans la sémantique et la nomenclature utilisées par l’industrie automobile;
  • Dans les définitions et les classements des gouvernements fédéral et provinciaux;
  • Dans les mots utilisés en anglais et en français dans les textes législatifs en matière de véhicules légers.

Exemples d’incohérences

  • Des véhicules très différents sont classés au sein d’une même catégorie : le terme VUS désigne aujourd’hui des véhicules aussi petits que le Hyundai Kona et aussi grands que le Lincoln Navigator.
  • Des véhicules aux dimensions identiques sont classés dans des catégories différentes : sur le marché, on retrouve des véhicules dont la taille est pratiquement la même, mais qui appartiennent à quatre types de carrosseries (berline, bicorps, familiale et VUS) et deux types de véhicules (voitures et camions légers).
5. Comment les VUM se distinguent-ils des VUS?

Les différences entre les catégories de véhicules légers sont de moins en moins claires : les véhicules forment désormais un continuum. Souvent plus petits, plus écoénergétiques et plus économiques que les VUS «traditionnels», les véhicules utilitaires multisegments (VUM) expliquent en partie la popularité des camions légers. Aujourd’hui prépondérants sur le marché, ils ont une taille similaire à celle des voitures. La multiplication des VUM aux caractéristiques hautement variables exacerbe le flou entourant les définitions des véhicules légers.

6. Quelles sont les recommandations d’Équiterre?

« À l’heure où nos véhicules sont de plus imposants, une définition claire et un système de classification cohérent avec la réalité du marché sont de mise si l’on souhaite les encadrer de manière à réduire les émissions de GES du parc automobile canadien rapidement. Il est essentiel d’adapter la réglementation afin de mieux comprendre les impacts des gros véhicules sur la société et l’environnement. » - Andréanne Brazeau

Les principales recommandations d’Équiterre sont les suivantes :

  • Établir un consensus sur les définitions officielles des différents types de véhicules entre les différentes instances gouvernementales;
  • Adopter un système de classification automatique et universel des véhicules légers :
  • Tenant compte de la transformation du parc de véhicules;
  • Utilisé par l’industrie automobile, le gouvernement fédéral, les provinces canadiennes et, idéalement, les États-Unis.
  • Mettant fin à la catégorisation binaire des véhicules légers dans le cadre du règlement sur leurs normes d’émissions de GES (camions légers ou voitures);
  • Définissant une typologie à partir des objectifs de réglementation visés par le gouvernement : sécurité routière pour autrui, réduction des émissions de GES ou encore réduction de la congestion routière.
     

4. Les camions légers : facteurs ayant contribué à la transformation du parc de véhicules légers

Par Polytechnique Montréal

Menée par la Chaire Mobilité de Polytechnique Montréal, cette étude explore l’évolution de la demande des consommateur.trice.s pour les camions légers à travers les années. Plusieurs aspects sont examinés : évolution de l’intérêt du public, dépenses et revenus des ménages, coûts de possession d’un véhicule, etc. Le document présente également les facteurs historiques, économiques, sociaux et politiques expliquant la popularité des camions légers au Canada.

Le rapport répond aux questions suivantes :

1. Comment expliquer la demande croissante pour les gros véhicules?

Plusieurs facteurs potentiels peuvent expliquer la demande croissante pour les gros véhicules, dont :

  • Des conditions économiques favorables à une augmentation des dépenses reliées aux véhicules autant au niveau macroéconomique qu’au niveau des ménages, dont une plus grande facilité à accéder au crédit et aux prêts automobiles pour les ménages;
  • Un cadre réglementaire moins contraignant en termes d’efficacité énergétique pour les VUS et autres camions légers, favorisant ainsi leur fabrication;
  • L’apparition de modèles de gros véhicules adaptés à tous les budgets (véhicules utilitaires multisegments);
  • Un aménagement du territoire favorisant l’étalement urbain et, conséquemment, la dépendance à l’auto solo;
  • Les perceptions liées à la sécurité routière;
  • Les normes sociales.

Une clientèle de plus en plus diversifiée affirme être séduite par l’aspect multifonctionnel du VUS. Cette perception, nourrie par la publicité et l’imaginaire collectif, justifie l’achat au détriment d’autres modèles considérés comme trop spécifiques. Or, une voiture n’est-elle pas multifonctionnelle ? La confusion dans les définitions des modèles et caractéristiques des véhicules sert donc les VUS.

2. Quels éléments historiques permettent de comprendre leur popularité?

1904-1918 : Apparition de l’automobile

1918-1945 : Démocratisation de l’automobile

1946-1972 : Développement de la culture automobile

1973-1979 : Chocs pétroliers et instauration de normes d’émissions de GES des véhicules légers en Amérique du Nord

1980-2000 : Apparition du créneau des camions légers dans le transport de personnes

2001-2007 : Diversification de l’offre de camions légers et apparition des VUM

2008 à aujourd’hui : Popularité accrue des VUS et VUM

Pour la ligne du temps détaillée »

3. Quels facteurs économiques accroissent la tendance à l’achat de véhicules surdimensionnés?

L’achat de camions légers est favorisé par la combinaison de différents facteurs impliquant les ménages, les gouvernements et les services financiers.

Ménages

L’augmentation du revenu et l’accès au crédit ont un effet important sur le nombre de véhicules des ménages. Passant de 6 730$ à 10 476$, les dépenses moyennes des ménages canadiens en lien avec la possession d’un véhicule augmentent considérablement entre 1981 et 2019. Les dépenses d’achat de camions légers neufs représentent 65% de cette hausse.

Gouvernement

Le prix du pétrole est maintenu à un niveau raisonnable et relativement stable afin de limiter l’impact sur la demande de véhicules au Canada. Les véhicules circulant au pays sont d’ailleurs reconnus comme les plus polluants au monde selon l’Agence internationale de l’énergie.

Services financiers

Le taux de crédit à la consommation est favorable au financement automobile. Au Québec, 88,3% des véhicules neufs font l’objet d’un financement. À cet effet, la croissance de la dette des ménages en termes de prêts automobiles dépasse désormais toute autre forme de crédit, y compris les hypothèques.

Le financement à long terme des VUS, qui coûtent en moyenne 10 000$ de plus qu’une voiture, se manifeste par des taux d’intérêt plus élevés que pour les voitures, devenant ainsi plus profitables pour les institutions financières.

4. Comment les pratiques de l’industrie ont-elles affecté la demande pour les camions légers?

Constructeurs

Des normes moins contraignantes en termes d’émissions polluantes ont été imposées aux camions légers afin de ne pas nuire à leur compétitivité. En effet, ils étaient largement considérés comme des véhicules d’entreprises. Cette réglementation a favorisé la fabrication de ce type de véhicule, car il était plus facile pour les constructeurs d’atteindre leurs cibles d’émissions.

Concessionnaires

En collaboration avec les institutions financières, les concessionnaires utilisent différentes tactiques de ventes :

  • Promotions sur les taux d’intérêt;
  • Présentation des mensualités sur une base bimensuelle ou même journalière;
  • Étalement des paiements sur de longues périodes.
5. Comment les caractéristiques des propriétaires de camions légers ont-t-elles évolué?

Au Canada, la croissance du parc de véhicules suit le même rythme que celle de la population en âge de conduire. Le nombre de VUS et de VUM possédés est en forte augmentation chez tous les groupes sociodémographiques et dans toutes les provinces canadiennes.

Ménages

  • Ce sont tous les types de ménages qui achètent des camions légers (locataires, personnes seules, familles, etc.).
  • Les ménages propriétaires et ceux formés d’un couple avec ou sans enfants dépensent en moyenne de 1,5 fois à 2 fois plus pour l’achat de camions légers que pour l’achat de voitures.
  • Les dépenses les plus importantes sont observées chez les couples avec des enfants et les ménages propriétaires de leur unité de logement.

Âge et genre

  • Entre 1999 et 2019, les personnes âgées de 55 à 64 ans et de 65 ans et plus qui sont propriétaires de véhicules légers ont grandement augmenté, passant respectivement de 14% à 21% et de 12% à 20%. Ce phénomène témoigne de la persistance de la motorisation à travers le temps : une personne possédant un VUS à 18 ans risque d’en posséder un à l’âge de 55 ans également.
  • Le nombre de VUS et de VUM possédés est en forte augmentation dans tous les groupes sociodémographiques, mais le phénomène est encore plus marqué chez les hommes de plus de 45 ans.
  • Les caractéristiques des VUS appréciées par les consommateur.trice.s varient selon l’âge :
    • Les personnes âgées de moins de 30 ans apprécient les capacités tout-terrain;
    • Les personnes âgées entre 30 et 44 ans apprécient l’espace pour la famille; et
    • Les personnes âgées de plus de 45 ans apprécient l’utilité générale du véhicule.
  • Traditionnellement achetés par des hommes, les VUS séduisent de plus en plus les femmes.
  • En 2019, parmi les femmes, la plus grande part de marché du VUS (35%) appartenait à celles âgées de 35 à 44 ans.
6. Quelles sont les recommandations d’Équiterre?

« Le transformation du parc automobile ressemble à une course à l’armement. Pour renverser cette dangereuse tendance, une réglementation adéquate et sérieuse s’impose pour freiner la multiplication de ces mastodontes. » - Andréanne Brazeau, analyste en mobilité chez Équiterre

Afin de réduire la demande pour les camions légers, des mesures devront être déployées par les instances gouvernementales à différents niveaux.

Les principales recommandations d’Équiterre sont les suivantes :

  • Limiter les pratiques de financement de l’industrie automobile et des institutions financières qui contribuent au surendettement des ménages;
  • Réformer la réglementation entourant les émissions de GES des véhicules légers :
    • Retirer les deux catégories de véhicules (camions et voitures) et imposer une cible globale des émissions de GES moyennes du parc de véhicules légers des constructeurs;
    • Augmenter les exigences relatives à l’obtention de crédits de conformité;
  • Favoriser un aménagement du territoire qui valorise la mobilité durable;
  • Mener des campagnes d’information sur la taille des véhicules et leurs impacts environnementaux et sociaux.

INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

SÉRIE DE WEBINAIRES

Comprendre la hausse des camions légers au Canada afin de renverser la tendance

Pour aller plus loin

Un système de redevance-remise pour faciliter l’adoption de véhicules propres au Canada
Le monde utopique des VUS par BESIDE
Les VUS vs les voitures électriques, ou le combat pour un avenir plus propre

Soutien financier

Pour réaliser cette recherche, Équiterre bénéficie du financement en vertu du Programme de contributions pour les organisations sans but lucratif de consommateurs et de bénévoles d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada. Les opinions exprimées dans ce document ne sont pas nécessairement celles d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada ou du gouvernement du Canada.

LIRE LE RAPPORT

Alors que le Canada est engagé dans l’Accord de Paris et s’affiche comme un leader climatique à l’international, le pays demeure l’un des plus grands pollueurs par habitant.e dans le monde et n’est pas en voie d’atteindre ses différentes cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

En 2020, le quart des émissions du Canada était imputable au secteur des transports, ce qui en fait un secteur clé dans l’effort collectif pour atteindre les objectifs de 2030 et de 2050. Quand on observe les choix de consommation des Canadien.ne.s en matière de véhicules, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 1990 et 2018, le nombre de véhicules utilitaires sport (VUS), camionnettes et fourgonnettes a augmenté de 280% dans le parc automobile canadien. Ce segment des camions légers a atteint un sommet historique de 79,9% des ventes de véhicules neufs en 2020.

CONSTATS

La popularité croissante des camions légers est incompatible avec les cibles gouvernementales de réduction de GES. Le phénomène entraîne les problématiques suivantes :

Évolution des émissions de GES - Camions légers
Source : Environnement et Changement climatique Canada 2018
  • Entre 1990 et 2018, les émissions de GES des camions légers ont augmenté de 156%, participant ainsi à l’augmentation globale des émissions nationales (+20,9%).
  • En 2018, ils ont émis en moyenne 31% plus de GES par kilomètre que les voitures standards, et c’est le seul secteur dont les émissions n’ont pas baissé en 2020 malgré la pandémie de COVID-19.
  • Les camions légers exacerbent la congestion routière.
  • Les accidents causés par les camions légers sont plus dangereux que ceux causés par des voitures standards : le risque de mortalité de cet individu est 158% plus élevé si le véhicule happant l’autre est une camionnette (pick-up) et 28% plus élevé s’il est un VUS.
  • En raison de leur hauteur, les VUS causent des blessures plus graves aux piéton.ne.s adultes lors d’une collision et sont près de deux fois plus susceptibles de blesser un.e piéton.ne adulte à la hanche ou aux jambes par rapport aux voitures classiques.
  • Les VUS sont en moyenne beaucoup plus dispendieux et contribuent à alourdir la dette des ménages canadiens; ils peuvent coûter jusqu’à 40% plus cher à l’achat et 15% plus cher en frais de carburant.

UNE SÉRIE D’ÉTUDES POUR EXPLIQUER LE PHÉNOMÈNE

C’est dans ce contexte qu’Équiterre, en collaboration avec Polytechnique Montréal, CIRANO et HEC Montréal a lancé une vaste étude déclinée en plusieurs rapports s’intéressant à la hausse des camions légers au Canada. L’objectif de cette recherche est de comprendre la préférence croissante de la population canadienne pour les camions légers, qui sont aussi énergivores et surdimensionnés, et de proposer des pistes de solutions afin d’inverser cette tendance.

1. Sans limite : la publicité automobile au Canada

Le premier rapport explore les stratégies et pratiques publicitaires de l’industrie automobile pour promouvoir les camions légers.

Il répond aux questions suivantes :

1. Quels sont les principaux thèmes et messages observés dans les publicités automobiles au Canada?