Aller à la navigation Aller au contenu

Actualité  •  4 min

Nos déchets : 4 problèmes et leurs solutions

Amélie Côté

Analyste, Réduction à la source

Publié le 

actu3_image_site_web_mai.jpg

Le meilleur déchet est clairement celui qu’on ne produit pas. Le Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE) se penche en ce moment sur la gestion de nos résidus ultimes pour établir l’état des lieux actuel de la gestion de nos déchets et analyser ce qui nous attend pour les 20 prochaines années.

Chez Équiterre, nous essayons de recentrer la discussion autour de la réduction de nos déchets à la source afin d’avoir beaucoup moins de matières résiduelles à gérer.

Psst : le recyclage n’est pas la solution! Les matières recyclables représentent le quart de ce qui est jeté au Québec, soit un 1,2 million de tonnes!

Voici 4 problèmes, mais encore plus de solutions à notre crise des déchets :
 

1. Il y a beaucoup trop d'emballages... qui ne sont pas toujours recyclables

Vous l’avez probablement observé à l’épicerie, il y a beaucoup d’emballages! Parfois nécessaires, oui, mais c’est important d’établir une limite entre emballer… et suremballer!

Définition du suremballage : emballer plus que ce qu’exige le produit pour être protégé des dommages ou pour des raisons purement esthétiques. C’est aussi emballer de plus petites quantités pour des raisons qu’on croit à tort plus pratique ou plus efficace.

Certains de ces emballages sont d’ailleurs pas ou peu recyclables… ce qui cause plusieurs autres problèmes! Par exemple, que dire des articles à usage unique, comme les ustensiles, les gobelets de café, les pailles, certains contenants pour emporter, les petits objets que l’on retrouve partout et qui se sont multipliés ces dernières années? Plusieurs municipalités prennent des initiatives à ce sujet, mais ça pourrait être fait au niveau provincial.

Et dans tous les cas, recycler n’est pas la solution : il faut avant tout réduire à la source!

Idées

  • Mettre fin au suremballage. Bannir les articles à usage unique et développer des alternatives réutilisables en amont.
  • Standardiser les types d’emballages. Favoriser l’écoconception en réduisant les types de matériaux utilisés pour en favoriser la réutilisation et le recyclage.
  • Développer les contenants de boissons à remplissages multiples. Faire de l’élargissement de la consigne à tous les contenants de boissons une occasion pour développer des contenants réutilisables, comme c’est le cas avec certains formats de bouteilles de bière.
  • Standardiser des équipements de protection individuelle réutilisables, comme les masques, en développant une certification qui permette de proposer une réelle alternative au jetable.
 C’est encore très difficile de faire réparer ses objets!

Seulement 26 % de la population canadienne font réparer leurs appareils électriques et électroniques… et pour cause! C’est difficile de trouver des réparateurs, et des services à un coût raisonnable.

Il est totalement illogique de penser que nous vivons dans une société qui a des connaissances techniques si développées, et qu’en parallèle les objets ont une durée de vie de plus en plus courte!

La bonne nouvelle, c’est que des changements législatifs à venir vont contribuer à faire évoluer la société québécoise vers des objets plus durables… mais les détails ne sont pas encore définitifs, c’est encore le temps de s’exprimer sur la question!
 

Idées

  • Instaurer un indice de réparabilité des objets, en s’inspirant du modèle français.
  • Soutenir et développer un réseau de réparateurs et réparatrices.
  • Financer la lutte à l'obsolescence.
3. La lutte au gaspillage alimentaire n’est pas encadrée

Saviez-vous que l’on gaspille le tiers de la nourriture mondiale? C’est énorme!

À l’échelle canadienne, cela représente 11 millions de tonnes par an. Alors que l’on a souvent entendu que le gaspillage alimentaire a principalement lieu à domicile, une rectification est nécessaire : 79 % du gaspillage alimentaire a lieu tout au long de la chaîne de production et de distribution - soit de la ferme à l’épicerie. À l’échelle des ménages, le 21 % qui reste représente 60 à 70 kg par personne par année.

Cette problématique a un impact environnemental très important, car en plus des pertes de ressources et financières colossales que représente le gaspillage, les matières organiques qui sont enfouies émettent du méthane, un gaz à effet de serre hyper puissant.

Selon les plus récentes données, 30 % des matières éliminées sont des matières organiques. Si cette quantité a diminué au fil des années, en parallèle de l’implantation de la collecte des matières organiques dans les municipalités du Québec, il y a encore du chemin à parcourir…. et encore plus pour réduire à la source!

Idées

  • Agir en priorité sur la réduction du gaspillage. La hiérarchie des 3RV (réduction, réemploi et recyclage) devrait s’appliquer pour les aliments aussi!
  • Mieux comprendre les enjeux du gaspillage. Pour agir en réponse à un phénomène aussi complexe, il faut d’abord le comprendre. Selon les spécialistes dans le domaine, les données sont actuellement insuffisantes!
  • S’engager au niveau provincial contre le gaspillage alimentaire. Le gouvernement du Québec pourrait adopter une politique provinciale contre le gaspillage alimentaire.
4. Le réemploi, un allié sous-estimé

À chaque année, la date à laquelle l’humanité a consommé toutes les ressources naturelles renouvelables que la Terre peut produire en un an est devancée. Si tout le monde consommait comme les Canadiens et Canadiennes, le jour du dépassement serait le 18 mars!

Réutiliser les objets déjà en circulation est une solution à prioriser pour contrer la surconsommation. L’achat d’objets usagés en ligne, dans les commerces de proximité - les friperies, les ressourceries, etc. -, le partage entre voisins et voisines sont autant de solutions concrètes pour réduire notre empreinte environnementale.

Bien que le réemploi ait des bénéfices économiques, sociaux et environnementaux importants, il est quelque peu boudé par les décideurs. Faisons de l’usagé une mode incontournable!

Idées

  • Documenter le réemploi et ses impacts positifs.
  • Sensibiliser au gaspillage d’objets.
  • Soutenir les entreprises d’économie sociale actives dans le domaine du réemploi.

Vous aimeriez aider à mettre ces solutions en place ?

Un BAPE sur la gestion et l’élimination des résidus ultimes est en cours! Faites valoir vos préoccupations et vos solutions.

Participez avant le 3 mai -> bit.ly/bapedéchetsutlimes

Pour en savoir plus :

Références

Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. L’état des lieux et la gestion des résidus ultimes
Earth Overshoot Day. Country Overshoot Day
Équiterre. Obsolescence des appareils électroménagers et électroniques : Quel rôle pour le consommateur?
Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Global food losses and food waste
RECYC-QUÉBEC. Rapport sectoriel de RECYC-QUÉBEC dans le cadre du mandat du BAPE sur L’état des lieux et la gestion des résidus ultimes
Tu vas pas jeter ça? Les plus récentes données sur le gaspillage alimentaire au Canada