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Opinion  •  2 min

Alimentation scolaire : nous pouvons et devons faire mieux

Murielle Vrins

Directrice adjointe, Programmes éducatifs

Publié le 

Ce matin, comme des centaines de milliers d’autres petit(e)s Québécois(es) depuis la rentrée scolaire, Olivia et Liam ont pris le chemin de l’école. Ils ont le même âge. La même enseignante. Le même cours de mathématiques à 8 h 15. Pourtant, leur journée n’a pas commencé de la même façon.

Olivia a quitté la maison après avoir bien déjeuné et avec une boîte à lunch remplie d’aliments nutritifs. Liam, lui, est parti avec l'estomac à moitié vide et avec un repas incomplet à grignoter pour dîner. Dans leur classe, les deux sont assis l'un à côté de l'autre. On attend d’eux qu’ils se concentrent, qu’ils apprennent et qu’ils réussissent de la même façon. Mais avant même que la cloche n’ait sonné, leurs chances d’y arriver ne sont déjà plus tout à fait égales.

Un enfant sur quatre

Cette scène se vit chaque jour dans nos écoles publiques. Au Québec, plus d’un enfant sur quatre grandit dans un ménage en situation d'insécurité alimentaire, c’est-à-dire près de 500 000 petits Liam pour qui la faim demeure un obstacle invisible à la réussite. Ajoutons que les deux tiers des enfants de 4 à 13 ans ne mangent pas cinq portions ou plus de fruits et de légumes par jour, et que la malbouffe demeure présente dans l’assiette de beaucoup trop de jeunes, surtout celle des adolescent·e·s. Loin d’être anecdotique, cette situation présage d’impacts majeurs sur la santé publique.

Pour remédier à la situation, des organismes de la société civile, des parents et des citoyens de tous horizons se mobilisent depuis des années afin que l’alimentation scolaire devienne une priorité nationale. La population emboîte le pas: 72 % des Québécois considèrent que l'accès à des repas sains à l'école devrait être une priorité importante durant la présente campagne électorale, selon un récent sondage SOM.

Le message a été entendu par les décideurs, du moins partiellement, et des progrès notables ont été réalisés. Des investissements des deux paliers de gouvernements ont permis, par exemple, d’étendre la présence du Club des petits déjeuners, de la Cantine pour tous et de la Tablée des Chefs dans davantage d’écoles. Or, une majorité d’écoles québécoises – incluant plusieurs dans des milieux défavorisés – n’ont toujours pas accès à un programme d'alimentation scolaire complet, capable de garantir une offre alimentaire saine et constante aux élèves.

Le prochain jalon: toutes les écoles en milieux défavorisés

Alors que la campagne électorale bat son plein, nous invitons donc l’ensemble des partis politiques à prendre un engagement aussi essentiel que réaliste : d’ici 2030, compléter le financement d'un programme d'alimentation scolaire intégré dans la totalité des écoles situées en milieux défavorisés. Nous parlons ici des écoles dont l’Indice de milieu socio-économique (IMSE) se chiffre entre 7 et 10. Nous recommandons également d’y inclure les écoles ayant un accès physique limité à des aliments nutritifs, situées dans ce que l’on qualifie de “déserts alimentaires”.

Les élèves qui fréquentent ces écoles devraient pouvoir compter sur une offre de petits déjeuners, de dîners et de collations à prix abordables ou gratuits. Afin d’aider nos jeunes à faire des choix alimentaires éclairés et à adopter de saines habitudes de vie, nous croyons impératif d'inclure aux programmes un important volet de littératie alimentaire. Cela repose entre autres sur la mise en place d’activités d’éducation alimentaire, sur des environnements de repas propices au développement des connaissances et des compétences alimentaires et sur du personnel formé aux bonnes pratiques en littératie alimentaire.

Les expériences menées ailleurs dans le monde nous démontrent que ces programmes d’alimentation scolaire intégrés sont des investissements collectivement rentables. Ils favorisent la réussite éducative, réduisent les inégalités et contribuent à former une génération de citoyens plus en santé. Ils soutiennent les familles et l'économie des régions à travers les divers organismes à but non lucratif qui œuvrent déjà dans le secteur de l'alimentation scolaire. Ultimement, ils offrent à tous les petits Liam et Olivia la chance d’apprendre le ventre plein, sans être stigmatisés par le contenu de leur boîte à lunch.


Au nom des membres du Comité pilotage du Chantier pour un programme d’alimentation scolaire universel au Québec (PASUQ):

  • Lucie Laurin, L’Association québécoise de la garde scolaire
  • Mélanie Veillette, Les Ateliers cinq épices
  • Thibaud Liné, La Cantine pour tous
  • Marie-Claude Bienvenue, Club des petits déjeuners
  • Jennifer Brennan et Marguerite Kinfack, Le Dépôt centre communautaire d’alimentation
  • Murielle Vrins, Équiterre
  • Anne Marie Aubert, Le Conseil du système alimentaire montréalais
  • Jean-François Archambault, La Tablée des chefs.
  • Sébastien Desaulniers T., Le Collectif québécois de la Coalition pour une saine alimentation scolaire