L’unité canadienne était à son comble lors du Conseil de la fédération qui s’est déroulée à l’Île-du-Prince-Édouard. Un des éléments principaux abordés par les premiers ministres concernait les feux de forêt. Mais au lieu de s’attaquer aux causes, on nous offre des sympathies. « Les premiers ministres sont solidaires de toutes les personnes qui subissent les effets des catastrophes naturelles », nous apprend le communiqué qui a conclu la rencontre.
Combattre les feux c’est bien, réduire les risques c’est mieux. Or, le gouvernement fédéral va financer la construction d’un pipeline pour augmenter la production pétrolière, ce qui va contribuer à amplifier les phénomènes climatiques responsables des feux de forêt. Il a aussi récemment coupé 50% des emplois au Centre des opérations du gouvernement chargé de l’évaluation des risques de la planification et de la coordination des interventions face aux événements touchant l’intérêt national. Les choix effectués par le gouvernement ne sont pas sans conséquence.
La politique de l’écoblanchiment
Ça aura pris un an au premier ministre pour faire preuve d’honnêteté envers les Canadiennes et les Canadiens, mais il l’aura fait malgré tout, sans tambour ni trompette, la veille de la fête du Canada en affirmant que ses politiques rendent impossibles l’atteinte de nos cibles climatiques.
Deux jours plus tard, il nous annonçait en grandes pompes le tracé de son pipeline de l’unité canadienne, qui allait sauver le pays du séparatisme albertain et de la guerre commerciale menée par les États-Unis.
Ainsi, ce pipeline positionnerait le Canada comme une « superpuissance énergétique », alors que le monde accélère son électrification afin de réduire sa dépendance aux hydrocarbures et aux crises géopolitiques qui les accompagnent.
Depuis, le gouvernement a multiplié les publicités soutenant qu’il allait libérer tout le potentiel énergétique canadien, affirmant au passage que ses investissements et ses contournements législatifs et réglementaires allaient même réduire nos émissions. Ce n’est pas pour rien que le premier ministre a abandonné les mesures de lutte à l’écoblanchiment : il en fait usage.
L’entente avec les compagnies pétrolières pour la capture et le stockage de carbone en est un autre exemple. Présenté par le gouvernement et l’industrie comme un projet vert, cette entente n’est qu’une excuse pour augmenter la production pétrolière et ses émissions de gaz à effet de serre ; seul le quart des émissions serait capté. Et encore, seulement si cette technologie complexe arrive à maturité, ce qui est loin d’être garanti.
Toutes ces énergies fossiles supplémentaires aggraveront la crise climatique et ses conséquences bien réelles, auxquelles nous sommes de plus en plus exposées d’année en année. Les changements climatiques ont un coût que nous payons déjà, et la facture ne fera qu’augmenter. Combien de Fort McMurray, Lytton et Jasper devront brûler pour faire passer nos intérêts avant ceux de quelques compagnies pétrolières et leurs actionnaires ?
La taxe carbone de Donald Trump
Si les feux de forêt ont pris une place si importante au cours de la réunion du Conseil de la fédération c’est aussi parce qu’ils sont utilisés comme excuse par le président américain pour justifier l’imposition de nouveaux tarifs et qu’il s’agit d’un nouveau coup dur pour l’économie canadienne et bon nombre d’entreprises.
Le président américain impose essentiellement une taxe carbone pour compenser les impacts économiques subis au sud de la frontière pendant que le panache de fumée se répandait sur le continent Nord-Américain. Finalement, il y aura toujours un prix à payer pour la pollution et ses conséquences. On en vient presque à être nostalgique de l’époque de la tarification carbone du gouvernement Trudeau, dont les revenus étaient pleinement retournés dans le portefeuille des familles canadiennes et réinvestis dans notre économie.
Faire mieux avec nos ressources
Les gouvernements nous ont habitué à blâmer leurs prédécesseurs, mais de voir le premier ministre libéral actuel blâmer le gouvernement libéral précédent, tout en reniant ce qu’il a lui-même affirmé au cours des 10 dernières années, ressemble à un gros show de boucane. Le gouvernement Carney doit faire mieux.
Parce qu’il n’est pas normal que les contribuables doivent (encore) financer un beau pipeline neuf pour une industrie qui demande l’abolition de toute réglementation limitant l’impact de leurs activités industrielles sur la santé et l’environnement. Ces mêmes contribuables respireront pour les années à venir la fumée provenant des feux de forêt de l’unité canadienne, que le premier ministre Carney et son gouvernement choisissent d’alimenter avec notre argent.
Tant qu'à dépenser l’argent des contribuables dans des infrastructures pour le déplacement d’énergies fossiles, il serait de loin préférable d’investir dans les énergies renouvelables et de construire les infrastructures qui amélioreront la résilience des collectivités et qui nous prémuniront des effets dévastateurs des changements climatiques.
