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Opinion  •  3 min

Revenir à la partition de la nature

Abeille pollinisant une fluer

Marie-Ève Leclerc

Chargée de projet, Mobilisation

Publié le 

Le grand orchestre de la nature est en train de perdre sa partition. À mesure que le climat se dérègle et qu’on empiète sur le territoire, les fausses notes se font entendre : un ours polaire échoue à Gaspé, une harde de cerfs s’installe en pleine ville et la musique de l’aube change avec la disparition des chants d’oiseaux jadis familiers alors que d’autres étrangers nous arrivent du sud.

Ces dérèglements que l’on évoque souvent par des images iconiques de calottes glaciaires fondantes ou de récifs de corail blanchis par la surchauffe des océans commencent à trouver leurs expressions ici.

On comprend que le climat se réchauffe et que les glaciers fondent. Mais que veut dire, chez nous, le déclin des abeilles, la disparition des papillons monarques, les baleines qui s’échouent dans le Saint-Laurent, les derniers caribous d’une harde en déclin mis en enclos ? Avec l’hécatombe de la biodiversité, c’est bien plus que le miel ou nos photos de bélugas qui disparaissent.

Les insectes pollinisateurs sont essentiels à la survie d’un grand nombre de cultures dont dépendent notre alimentation et notre économie ; perdre les abeilles, c’est perdre une partie de notre garde-manger, c’est synonyme d’augmentation des prix des aliments. Et la rainette de Longueuil, si médiatisée dernièrement ? Avec la destruction de son habitat, les marais et basses terres au sud de Montréal, c’est bien plus que son chant qui disparaît.

Avec la destruction de son habitat, les marais et basses terres au sud de Montréal, c’est bien plus que le chant de la rainette de Longueuil qui disparaît. Photo par Anna Mircea

Protéger les services rendus

Pourquoi est-ce si important de protéger nos milieux naturels, nos champs agricoles, nos cours d’eau, nos milieux humides de l’étalement urbain et de l’asphaltage sans fin de routes et de stationnements ?

Parce que ces espaces de verdure grouillent de vie souterraine, d’animaux et d’arbres qui nous rendent d’innombrables services : ils filtrent l’eau et l’air des polluants, réduisent les risques d’inondation en absorbant les excédents d’eau, réduisent les effets des canicules en apportant fraîcheur, réduisent notre stress et remplissent nos vies de sens au simple contact de la nature. Ces bénéfices sont d’une extrême importance en contexte d’urgence climatique.

Les experts scientifiques du climat et de la biodiversité sonnent l’alarme : la crise climatique et l’effondrement de la biodiversité sont intimement liés et nous devons résoudre conjointement ces deux crises qui menacent l’avenir de l’Humanité.

Des élections déterminantes

Le Québec n’y échappe pas : vents violents qui déracinent les arbres et privent d’électricité des milliers de gens, débordements d’égouts et glissements de terrain, érosion côtière, etc.

En vue des élections du 3 octobre, les candidates et candidats doivent prendre acte de l’urgence de la situation et s’engager de manière ambitieuse à préparer le Québec à faire face à ces situations : en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre (GES), en protégeant nos milieux naturels et en adaptant nos services et nos infrastructures.

Pour l’instant, le constat est sans appel. Le nombre de mesures contradictoires qui abordent ces crises séparément se multiplie : électrifier le parc automobile tout en incitant à l’étalement urbain, au prolongement et à l’élargissement des autoroutes ; protection de certains milieux naturels et puits de carbone importants, mais destruction d’autres en plein coeur de nos villes ; incitation à l’achat local, mais complaisance devant le projet d’agrandissement du Port de Montréal qui encouragera l’importation de marchandises et la surconsommation tout en détruisant l’habitat essentiel du chevalier cuivré.

Faire le choix des solutions

Les 48 propositions environnementales que les partenaires de Vire au Vert ont partagées avec les partis politiques en vue des élections générales au Québec vont au-delà de la question des émissions de GES et de la consommation d’énergies fossiles.

Tout comme les groupes d’experts internationaux sur le climat et la biodiversité, nos recommandations prônent une approche globale à la crise environnementale : elles cherchent à réduire les émissions des transports, mais en tenant compte aussi de celles découlant de la conversion de terres, de l’agriculture ou des matières résiduelles ; elles s’attaquent à la dégradation des milieux naturels, mais en rappelant leur rôle inéluctable dans la lutte et l’adaptation aux changements climatiques. Nos propositions font de la justice, de l’équité, de la santé et du bien-être humain un axe transversal de toute action environnementale.

Nous devons éviter que des approches incohérentes s’installent au Québec. Nous devons protéger le vivant en faisant tout notre possible pour contrer la crise climatique et le déclin de la biodiversité, en nous alliant à la nature. 

Nos candidates et candidats doivent comprendre l’ampleur des enjeux et proposer des solutions ambitieuses. Pour cela, les propositions de Vire au Vert donnent déjà un bon point de départ et de réflexion sur les engagements des partis politiques à l’égard de la crise climatique et de la biodiversité. Nous espérons entendre les solutions proposées lors d’un éventuel débat des chefs portant exclusivement sur la question de la crise climatique et de la biodiversité.

Médias québécois, chefs de partis, vous devez être la clef et le tempo au début de la partition — au risque de voir la musique s’arrêter.

Demandons un débat sur la crise climatique!

La découvrir

*Ont aussi signé cette lettre :

Diego Creimer, Responsable – solutions nature et relations gouvernementales, Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec)

Martin Vaillancourt, Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement (RNCREQ)
Catherine Gauthier, ENvironnement JEUnesse (ENJEU)
Élisabeth Gibeau, Front commun pour la transition énergétique
Alice-Anne Simard, Nature Québec
Rébecca Pétrin, Eau Secours
Patricia Clermont, Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)
Olivier Kölmel, Greenpeace Canada
Quentin Lehmann, l’Écothèque
Rodrigue Turgeon, Québec meilleure mine (QMM) et/ou MiningWatch Canada (MWC)
Action Environnement Basses-Laurentides (AEBL)
Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF)
Mireille Asselin, Conseil Régional de l’environnement de Lanaudière (CREL) et L’Assomption en transition