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Le Plan pour une économie verte du Québec : ce qu’il faut savoir en 4 points

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Le Plan pour une économie verte (PEV) du Québec, anticipé comme la réponse du Québec à l’urgence climatique, est le fruit de la concertation de plusieurs groupes de travail formés d'une diversité d’expertises : des gens d’affaires, des industriels, des scientifiques, des comités jeunesse et des organisations environnementales, dont Équiterre. Nous avons été consultés et ensemble, nous avons recommandé au gouvernement des mesures qui nous permettraient réalistement d’atteindre les cibles de GES fixées afin de limiter les impacts de la crise climatique.

Le résultat? Le gouvernement du Québec nous a présenté le 16 novembre un plan d'investissement plus vert que d'habitude, mais la lutte aux changements climatiques n'y occupe pas une place centrale. Ce n’est pas le plan dont on a besoin pour réaliser la transition nécessaire et pour répondre à l’urgence climatique.

1. Ce qui est problématique

Le PEV et son plan de mise en œuvre ont pour but d’aider le Québec à réaliser d’ici 2030 son objectif de réduction d’émissions de 37,5 % en-dessous des niveaux de 1990. Pour atteindre cette cible, le Québec doit réduire ses émissions de 29 millions de tonnes de GES, mais le PEV ne prévoit qu’une réduction de 12,4 millions de tonnes, soit 42 % des efforts requis.

Si le gouvernement ne propose pas de mesures concrètes pour combler ce manque de réductions, cela pourrait non seulement empirer la situation climatique et stagner le potentiel économique de nos entreprises, mais aussi avoir un coût sur le portefeuille des contribuables si en bout de ligne le Québec doit acheter des droits d’émissions sur la bourse du carbone.

Au-delà de ça, le PEV ne représente que 1 % du budget des dépenses annuelles de l'état québécois (2 % si on ajoute les dépenses en infrastructures de transport collectif). Ce n'est donc pas un plan de grande transformation verte.

2. Ce qu’on aime du PEV

L’électrification est un élément central du PEV et particulièrement l’électrification des transports. Et ce pour une bonne raison. Avec une électricité abondante et renouvelable à 99 % ainsi qu'un secteur des transports qui représente 43 % de nos émissions, c’est une solution logique à mettre de l’avant par le Québec pour faire face à l’urgence climatique.

  • L’interdiction de la vente de véhicules à essence en 2035 fait du Québec un véritable meneur au Canada et pourrait mettre de la pression au gouvernement fédéral pour devancer sa cible pour cette interdiction, qui se situe en ce moment à 2040. Il faut toutefois noter que le groupe de travail en électrification avait recommandé une cible de 2030.
  • Avec une cible que 65 % de l’ensemble des autobus scolaires en circulation au Québec soient électriques en 2030, l’électrification du transport lourd scolaire permettra de mettre en valeur l’expertise québécoise (par exemple, la compagnie Électrique Lion), développant ainsi des opportunités économiques.
  • Le plan prévoit également l’électrification des taxis et des autobus, avec un objectif que 55 % des autobus urbains soient électriques d’ici 2030.

3. Ce qui manque

De manière générale, le PEV s’aligne de façon alarmante vers la technodépendance, misant sur les technologies plutôt que sur la sobriété énergétique et les solutions basées sur la nature. On ne peut pas s’attendre à ce que la technologie résolve les causes profondes de la crise climatique. Il faut mettre en place des mesures pour faire changer les perspectives et les comportements, ainsi qu’un cadre de gouvernance climatique permettant d’assurer la cohérence des décisions. En l’absence d’un tel cadre et de mesures contraignantes, le PEV n’est pas à la hauteur de la crise climatique.

  • Manque de mesures d’écofiscalité
    Le PEV prévoit de verser beaucoup d’argent en incitatifs, mais ne vise pas des mesures contraignantes qui permettraient de sanctionner des comportements polluants. Pourtant, l'écofiscalité est le meilleur outil pour faire changer les comportements, tout en augmentant les sommes disponibles pour la lutte aux changements climatiques. Ces mesures peuvent être mises en place sans hausser le fardeau fiscal des contribuables et sans avoir d'impact sur les gens ayant le moins de ressources. Un sondage d’Équiterre et de ses partenaires mené plus tôt cette année démontre d’ailleurs que les Québécois.es sont en faveur de ce type de mesure.
     
  • Plusieurs mesures sans date ni cible
    • Aucune date n’est indiquée dans le plan pour la mise en œuvre d’une norme sur les véhicules zéro émission (VZE) pour les véhicules lourds, ni pour une proposition de réglementation relative au volume minimal de carburant renouvelable dans l’essence et le diesel.
    • Aucune cible n’est attachée aux solutions potentielles en agriculture (à l’exception de la réduction des fertilisants azotés, mais celle-ci avait déjà été annoncée dans le Plan d’agriculture durable).

4. Comment va-t-on améliorer le PEV?

Bonne nouvelle : le PEV est un plan évolutif avec une révision annuelle du plan de mise en œuvre et donc la possibilité de l’améliorer et de combler les vides au fur et à mesure.

Soyez assuré.e que l’équipe d’Équiterre et ses partenaires continueront de mettre la pression pour rehausser l’ambition de ce plan. Entre autres, nous allons essayer de faire intégrer :

  • des mesures d’écofiscalité (tel que le système de redevance-remise sur les véhicules);
  • un cadre de gouvernance climatique;
  • des notions de sobriété énergétique et de sobriété de consommation;

...tout ça dans l’optique de repenser nos systèmes pour mieux bâtir la résilience et le bien-être collectif.