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Dévoilement par le gouvernement du Québec du Plan d’agriculture durable: Le PAD en 5 questions-réponses

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 Dans un contexte de crise climatique où la fragilité de notre sécurité alimentaire est mise en relief par la pandémie, le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ), André Lamontagne, a dévoilé le Plan d’agriculture durable (PAD) du Québec le 22 octobre 2020, aux côtés notamment d’Équiterre, qui salue ce pas vers un virage pour des pratiques agricoles plus durables et résilientes.

Que contient le PAD et à quels enjeux agricoles et environnementaux s’attaque-t-il? Équiterre l’a décortiqué en 5 points.

1. Quels sont les objectifs visés par le PAD, et à quoi répondent-ils?

  • Réduire l’usage et les risques des pesticides pour l’environnement et la santé
    • Le Québec doit répondre aux nombreux constats qui ont émergé des audiences de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles (CAPERN) tenues à l’automne 2019. Avec le PAD, le gouvernement du Québec vient notamment donner suite aux demandes répétées du milieu pour que des rétributions et plus d’accompagnement soient offerts aux agriculteurs dans le virage vers des pratiques agricoles plus durables et résilientes, avec 70 millions de dollars pour la reconnaissance (rétributions).
    • Le PAD vient en réponse à la crise qui a suivi le congédiement de l’agronome Louis Robert, qui avait mis en lumière les problématiques entourant l’indépendance de la recherche ainsi que le manque d’indépendance des agronomes qui conseillent les agriculteurs en matière de pesticides. Parmi les moyens et mesures phares du Plan, le « Développement des connaissances, un axe incontournable pour développer des pratiques agroenvironnementales performantes », vise à répondre à cet enjeu.
    • Depuis 1992, le Québec a adopté successivement plusieurs stratégies de réduction des pesticides et de leurs risques, avec des résultats mitigés, et ce, malgré les efforts déployés par les gens du milieu.
  • Améliorer la santé et la conservation des sols
    • La santé des sols, ou « l’agriculture climatique », tel qu’Équiterre en a fait un de ses chevaux de bataille des prochaines années, est la pierre angulaire de notre système agroalimentaire. Elle garantit une agriculture résiliente face aux crises climatiques et économiques et le PAD a pour objectif de donner les outils aux agriculteurs pour effectuer la transition vers une agriculture régénérative des sols qui misera sur les pratiques de couverture de sols et d’amendement de sol grâce à des matières organiques.
    • Des 125 millions de dollars sur 5 ans dont est assorti le Plan, 30 millions iront pour le développement des connaissances, et 25 millions pour le transfert des connaissances, la formation et l’accompagnement.
  • Améliorer la gestion des matières fertilisantes
    • Dans un contexte mondial où les émissions de N2O (un GES 300 fois plus puissant que le CO2 sur un horizon de 100 ans en termes de réchauffement de la planète) [1] continuent d'augmenter, en grande partie à cause de l'usage d'engrais azotés en agriculture, le Québec doit encourager l’adoption de pratiques agricoles régénératives pour en diminuer l’utilisation.
  • Optimiser la gestion de l’eau
    • Le PAD vise à développer les connaissances et la capacité des agriculteurs à mettre en place des pratiques régénératives, ce qui augmentera la capacité d’absorption et de filtration de l’eau par les sols, et accroîtra du même coup la résilience des entreprises et de la production alimentaire face aux impacts des changements climatiques en plus de préserver les cours d'eau.
  • Améliorer la biodiversité
    • Une récente étude du Fonds mondial pour la nature (WWF) ayant révélé la disparition de plus des deux tiers des populations animales de la planète depuis les 50 dernières années est venue mettre en lumière la problématique de la destruction des habitats naturels, notamment la déforestation à des fins agricoles.
    • Pour préserver la nature ou les espèces, la mise en place en agriculture d’espaces favorables au développement de la biodiversité, telle que la rotation des cultures et l’implantation d’aménagements fauniques par exemple, sont des pratiques régénératives que le Québec entend soutenir.

2. Dans quels contextes social, politique et environnemental le PAD arrive-t-il?

La pandémie de la COVID-19 a mis en lumière la fragilité de notre système agroalimentaire, et nous a fait davantage prendre conscience de sa vulnérabilité en regard de la crise climatique. L’amplification des impacts des changements climatiques sur l’agriculture, comme les sécheresses des dernières années au Québec et ailleurs au monde, l’effondrement de la biodiversité, la dégradation de la qualité des sols et des cours d’eau, et les effets de l’utilisation des fertilisants et des pesticides de synthèse sur l’environnement renforcent également l’urgence d’agir pour un virage agricole plus durable et résilient. De plus, dans un contexte où a été mis au grand jour l’ingérence du privé dans la recherche publique sur les pesticides, le monde agricole et la population attendent des solutions concrètes pour remettre sur pied notre système agricole.

3. Pourquoi le PAD était-il attendu des milieux agricoles et environnementaux?

Bien qu’il restera d’énormes efforts pour déployer des actions significatives sur le terrain, le PAD contient des ingrédients qui ont le potentiel d’entraîner des résultats réels sur de nombreux enjeux agricoles (amélioration de la santé des sols, réduction des pesticides et fertilisants, rentabilité des entreprises, et gestion du risque lié aux conséquences des changements climatiques). Il vient également assurer que collectivement, un réel virage vers des pratiques agricoles plus durables commencera à s’opérer - budget, moyens et mesures phares à l’appui.

4. Pourquoi Équiterre appuie le PAD?

  • Il s’agit d’un pas dans la bonne direction pour réaliser un nécessaire virage vers des pratiques agricoles assurant plus de durabilité environnementale et sociale, et plus de résilience.
  • Le Plan mise sur des résultats concrets et mesurables par des actions ciblées, ce qui a le potentiel de générer des gains réels.
  • Les moyens mis de l’avant : la reconnaissance des pratiques agroenvironnementales mises en place par les agriculteurs misant sur les gains réalisés; le développement des connaissances; le transfert; la formation et l’accompagnement, ont le potentiel d’offrir un cadre d’amélioration continue aux acteurs du milieu.

5. Comment Équiterre s’impliquera dans la réalisation du PAD?

Équiterre espère que le PAD permettra une transition vers une agriculture régénérative et générera de nombreux bénéfices à moyen et long terme pour nos collectivités, les entreprises agricoles, l’environnement et notre santé. Une telle forme d’agriculture permettra également d’atteindre simultanément plusieurs objectifs de la Politique bioalimentaire du Québec.

Nous sommes conscients qu’il reste toutefois beaucoup d’efforts à déployer au cours des prochaines années et il sera essentiel de s’assurer que la mise en oeuvre du Plan apportera des résultats cohérents et concrets, à la hauteur des défis que sont notamment les crises climatique, la biodiversité, sociale et économique.

Depuis 2019, Équiterre a fait de l'agriculture climatique un nouveau champ d'action pancanadien. En travaillant déjà sur cet important dossier, nous continuerons de solliciter l’appui de nos membres et sympathisants, et du grand public pour inciter et amener une transition agroalimentaire durable au pays.Nous continuerons à susciter les changements requis au niveau des politiques publiques pour encourager et soutenir les agriculteurs dans l’adoption de pratiques favorisant la santé des sols.

Nous poursuivrons également notre travail de rassembler et mettre en lumière des pratiques de santé et conservation des sols mises en place par des producteurs en grande culture du Québec dans le cadre de notre projet de Vitrines technologiques.

Sur le plan fédéral, nous allons continuer de réunir des experts canadiens autour d’un rapport sur les meilleures pratiques agricoles qui favorisent la santé des sols et les politiques et programmes innovants qui peuvent soutenir une adoption généralisée de ces pratiques. Ce rapport sera publié au cours de l’automne.

Faits saillants

Le PAD :

  • 125 millions de dollars de budget sur 5 ans
  • Embauche de ressources humaines additionnelles prévue
  • Vise l’atteinte de résultats concrets et mesurables par des actions ciblées
  • Vise à accélérer l’implantation de pratiques agroenvironnementales
  • Mise sur la flexibilité, son pouvoir catalyseur et l’adaptation à la diversité régionale
  • Place les producteurs au coeur de l’action, en reconnaissant notamment leurs compétences, innovations et efforts dans la mise en place de pratiques agroenvironnementales
  • Répond à la majorité des recommandations de la CAPERN
  • Répond au Plan vert agricole de l’UPA
  • Répond aux attentes des citoyens et des consommateurs
  • S’arrimera au très attendu Plan pour une économie verte 2030 du gouvernement

Liens pertinents

 

[1] https://www.nature.com/articles/s41586-020-2780-0