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Opinion  •  3 min

Les investissements dont les gens ont réellement besoin

Marc-André Viau

Directeur, Relations gouvernementales

maviau@equiterre.org

Publié le 

Pour répondre à l’agression économique américaine, le premier ministre Carney nous offre une stratégie d’investissements étrangers pour bâtir des infrastructures pétrolières et gazières, portuaires et des centres de données. Bref, rien pour faire rêver et rien pour répondre aux défis urgents des collectivités canadiennes. Sinon, en quoi un oléoduc nous aide à arrondir les fins de mois?

La vision de Mark Carney, c’est de jouer le même plan de match en espérant un résultat différent. Le Canada est déjà, et de loin, le pays de l’OCDE qui mise le plus sur les investissements étrangers – l’équivalent de 82 % du PIB en 2024 d’après ce rapport du Canadian Shield Institute. Il faut se demander si c’est dans l’intérêt canadien que la propriété des actifs stratégiques comme les aéroports canadiens ou nos minéraux critiques soient détenus par des fonds d’investissements étrangers.

Le montant annoncé ne peut donc pas être notre seul étalon. Dans ce rapport, le Canadian Shield Institute propose d’évaluer les investissements étrangers selon quatre critères :

  1. Préserver la capacité du Canada à gouverner ses infrastructures publiques, y compris numériques.
  2. Protéger la sécurité des personnes qui les utilisent.
  3. Maintenir au pays le contrôle des capacités stratégiques, surtout dans les technologies émergentes.
  4. Empêcher que la recherche de profit compromette la fonction première des infrastructures ou en fasse fortement augmenter les coûts, particulièrement lorsqu’elles ont été financées par des fonds publics.

Autrement dit, les investissements étrangers devraient renforcer l’autonomie du Canada, et non l’affaiblir.

Ces critères offrent un point de départ utile pour déterminer ce que « bâtir le Canada » devrait signifier dans le contexte géopolitique actuel. Le choix des investissements ne devrait pas reposer uniquement sur les capitaux attirés, mais aussi sur leur capacité à préserver notre autonomie, à renforcer la résilience des collectivités et à répondre à leurs besoins essentiels. C’est le bénéfice durable pour la société, plutôt que la taille du chèque ou les retombées promises par la bulle technologique du moment, qui devrait guider les décisions.

Bâtir le Canada ne devrait pas se limiter à une politique industrielle. Il faut mettre en place les conditions sociales et environnementales nécessaires à la réussite et l'épanouissement des collectivités et des gens qui y habitent.

  • On ne bâtira pas un Canada fort en construisant des centres de données sur des terres agricoles, ni en leur allouant nos ressources hydriques et électriques limitées.
  • On bâtira pas un Canada fort continuant de miser sur des véhicules polluants pour se déplacer dans nos villes et nos banlieues déjà surcongestionnées par l’augmentation du parc de véhicules plus rapide que celle de la population.
  • On ne bâtira pas un Canada plus fort avec des infrastructures pétrolières et gazières alors que nos infrastructures municipales hydriques et routières sont vétustes et que nos écoles et nos hôpitaux ont besoin d’investissements.
  • On ne bâtira pas un Canada plus fort en misant sur des industries qui alimentent la crise climatique et qui rendent nos collectivités forestières plus vulnérables aux feux de forêt et nos collectivités côtières plus vulnérables aux inondations.

Nous proposons comme recette de miser sur des infrastructures publiques qui vont intégrer l'adaptation aux changements climatiques dans leurs fonctions, notamment pour réduire les risques d’inondation. Nous sommes d’avis que le gouvernement devrait mettre davantage d’efforts à déployer les solutions pour déplacer des êtres humains qu’il n’en met à déplacer du pétrole et du gaz. Nous encourageons le premier ministre à miser sur notre secteur agricole pour renforcer l’autonomie alimentaire et soutenir les municipalités qui se démènent avec les moyens du bord pour entretenir nos infrastructures. Le gouvernement devrait mettre plus d'efforts à trouver des solutions pour trouver des solutions à la crise de l’itinérance et faire diminuer les coûts du logement qu’il n’en met à détruire les protection environnementales.

S’il a démontré à maintes reprises ses compétences économiques, le premier ministre a aussi démontré que les crises sociales et environnementales existantes sont ses angles morts et elles ne disparaîtront pas sous les promesses de milliards d’investissements. Il doit y accorder l’attention, le budget, la réglementation et la législation nécessaires.

Depuis son arrivée en poste, le premier ministre a présenté une vision exclusivement industrielle et diplomatique pour répondre à l’agression commerciale américaine. Le moment est venu d’élargir ses horizons et de commencer à s’intéresser aussi à ce qui se passe dans nos collectivités. Il n’y aura pas plus de ruissellement économique naturel vers les collectivités provenant de ces promesses de milliards d’investissements qu’il n’y en a à l’heure actuelle. Le gouvernement a le devoir de mettre en place les conditions gagnantes et investir pour l’épanouissement des collectivités canadiennes, pas seulement pour l’épanouissement des investisseurs.