Daniel Rotman
Directeur général
Publié le
Alors que les élèves s’apprêtent à rentrer en classe, les candidat(e)s se préparent elles et eux aussi à passer leur examen final afin de représenter leurs concitoyens et concitoyennes à l’Assemblée nationale du Québec.
Au cours des derniers mois, on a beaucoup entendu dire que l’environnement n’était plus une priorité. Évidemment, l’angoisse économique alimentée par la guerre commerciale américaine occupe une place importante dans les préoccupations politiques et citoyennes. Mais après un autre été de feux de forêt, d’inondations et de glissements de terrain, ici comme ailleurs, le prochain gouvernement n’a pas le luxe d’ignorer les enjeux environnementaux auxquels le Québec est confronté.
Car si l’on souhaite sérieusement s’attaquer à la crise du coût de la vie et bâtir un Québec où il fait bon vivre, on doit nécessairement s'attaquer à la crise climatique.
Aménager et protéger notre territoire
En valorisant notre territoire, en utilisant nos ressources de manière durable, en réparant et en entretenant mieux nos infrastructures existantes, le Québec pourra accroître sa résilience et sa sécurité, et préserver tant l’économie que l’environnement.
Pour répondre à la crise du logement, un autre enjeu incontournable, il faudra construire davantage dans les milieux déjà urbanisés et cesser d’empiéter sur la nature. Mais pour éviter qu’elle n’aggrave la congestion, il faudra à la fois bonifier l’offre de transports collectifs et actifs, et entretenir et étendre les réseaux existants.
Par ailleurs, alors que les inondations urbaines liées aux pluies extrêmes sont désormais récurrentes, construire des égouts toujours plus grands ne suffira pas : nos parcs et nos rues doivent aussi devenir des éponges capables d’absorber l’eau. Cela exigera de revoir la manière dont nous aménageons l’espace public et, plus largement, le territoire.
Le Québec se distingue aussi par sa nature et sa biodiversité. Il faut toutefois mieux la protéger, particulièrement dans les zones densément peuplées du Sud, tout en garantissant davantage d’accès publics à tous. En effet, ces espaces contribuent à réduire les îlots de chaleur et offrent des refuges de fraîcheur pendant les canicules.
Enfin, face à la menace américaine, mangeons davantage de ce qui pousse chez nous, et protégeons notre agriculture contre le développement résidentiel et industriel excessif. Car les centres de données de Google qui pousseront sur des terres agricoles à Beauharnois ne nourriront pas les familles d’ici. Nous devons protéger les superficies et les sols cultivables, réduire l’utilisation de pesticides et d’engrais, et accroître la présence d’aliments sains et locaux dans les CPE, les hôpitaux et les CHSLD pour améliorer notre santé et renforcer notre autonomie alimentaire.
Utiliser nos ressources intelligemment
Le Québec est riche en eau, en forêts, en minéraux et en hydroélectricité. Mais ces richesses sont menacées par les changements climatiques, la surexploitation et une stratégie de développement parfois mal définie. L’eau fait déjà l’objet de pénuries et de conflits d’usage dans plusieurs municipalités. Un registre public recensant les prélèvements permettrait de mieux suivre les usages, d’anticiper les besoins et de mieux gérer les périodes de sécheresse.
Quant à l’exploitation de nos minéraux critiques et stratégiques, elle devrait être assortie d’obligations de récupération, de recyclage et de réutilisation. Enfin, l’échec de la réforme du régime forestier n’a rien réglé : nos forêts et la biodiversité qu’elles abritent sont en déclin, fragilisées par les changements climatiques et les pratiques industrielles. Leur avenir doit redevenir un enjeu central de la campagne, et pas seulement en termes économiques et d’emplois.
Une démocratie, ça s’entretient
Enfin, les formations politiques doivent s’engager à renforcer la transparence et la reddition de comptes entourant l’autorisation des grands projets industriels et d’infrastructure. Elles devraient aussi garantir le respect des mécanismes de consultation publique, dont la tenue d’évaluations par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, et développer de nouvelles formes de participation.
Le prochain gouvernement doit renforcer - et non affaiblir - ses politiques et réglementations environnementales. Ce n'est pas en abaissant nos standards de projets et en attirant des entreprises irresponsables que l’on bâtit un Québec résilient.
L’environnement et le climat ne sont pas des enjeux que l’on peut remettre à plus tard; ils impactent déjà notre quotidien. De plus en plus de citoyens et citoyennes sont conscients que ces enjeux touchent directement leur habitation, leurs assurances, leurs déplacements, leur santé, leur sécurité, le coût de l’alimentation, les finances publiques et la qualité de nos institutions.
À l’approche de l’élection, les partis ont donc un examen à passer : démontrer qu’ils sont capables de préparer le Québec aux réalités qui s’imposent déjà dans notre quotidien.
Signataires membres de Vire au Vert :
- André Bélanger, directeur général, Fondation Rivières
- Alain Branchaud, directeur général, SNAP Québec
- Sandrine Cabana-Degani, directrice générale, Piétons Québec
- Patricia Clermont, responsable, Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)
- Marie-Soleil Gagné, directrice générale, Accès transports viables
- Alexandra Gilbert, directrice générale, Réseau plein air Québec
- Maggie Harvey, directrice générale, Trajectoire Québec
- Sabaa Khan, directrice générale pour le Québec et l'Atlantique, Fondation David Suzuki
- Stéphanie Pelletier, directrice générale, Mères au front
- Rébecca Pétrin, directrice générale, Eau Secours
- Thibault Rehn, directeur général, Vigilance OGM
- Jean-François Rheault, président-directeur général, Vélo Québec
- Daniel Rotman, directeur général, Équiterre
- Martin Vaillancourt, directeur général, Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ)
- Nadine Viau, coordonnatrice opérations et stratégies, Front commun pour la transition énergétique (FCTÉ)
