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Opinion  •  4 min

Lettre ouverte sur le PSE : « Les automobilistes ne sont pas le problème »

Blandine Sebileau

Analyste, Mobilité durable

Publié le 

Nous avons cette mauvaise habitude de blâmer l’individu pour des problèmes qui le dépassent. Ses petits choix du quotidien, érigés en cause de tous les problèmes collectifs. L’angle de nos débats de société ne fait pas exception.

Nos discussions sur la mobilité au Québec suivent trop souvent cette logique en pointant du doigt, à l’ère des changements climatiques, le choix de privilégier la voiture, d’être responsable du trafic et de la pollution. Mais à force de s’étourdir à taper sur la tête de chacun, comme au jeu incessant de la taupe, on en oublie que nos gestes sont en grande partie conditionnés par les possibilités offertes par notre environnement.

Quand on parle à ces gens et qu’on décortique leur raison de prendre la voiture, à bien des égards, c’est qu’elles et ils n’ont pas d’autres options.

Le problème, c’est quand la voiture devient incontournable

Quand on prend le temps d’écouter ces personnes, beaucoup sont de celles pour qui la voiture n’est pas un choix. Dans l’Est de Montréal, où les services de transport en commun sont déficients, les témoignages se suivent et se ressemblent, comme ceux de ces citoyennes de Pointe-aux-Trembles qui se déplacent en auto :

« Je prends seulement la voiture ou presque parce que c’est impossible d’aller travailler en transport en commun. [D’abord, ça me prend] 1 h 30 pour me rendre. [Ensuite] je termine à 4 h am, donc ça serait 2-3 h pour revenir. »

« [Il y a] peu de lignes de bus pour aller travailler dans Rivière-des-Prairies (le MÊME arrondissement). Je dois prendre deux à trois bus et partir presque 2 h d’avance. Pour moi ça ne fait pas de sens. »

Ici, comme ailleurs au Québec, ce n’est pas nécessairement la mauvaise foi qui garde les gens derrière un volant. C’est plutôt l’absence d’une offre de transport collectif adaptée.

Et au cœur des témoignages de la majorité de ces automobilistes, une confession cruciale : avec un accès rapide et facile au transport en commun, elles et ils renonceraient avec plaisir aux paiements mensuels du char, au stress du trafic, au déneigement, aux rendez-vous de changement de pneus et à la facture de plus en plus salée à la station d’essence.

Se déplacer moins longtemps pour vivre mieux

Investir massivement dans le transport collectif, c’est beaucoup plus que de rehausser l’offre du réseau : c’est aussi une occasion de revoir la façon dont nous aménageons nos collectivités et de rapprocher les lieux où se déroule notre vie. Dans l’Est de Montréal, comme dans de nombreuses municipalités, banlieues et régions de la Belle

Province, l’école, l’épicerie, la clinique, les emplois et les loisirs se trouvent à des kilomètres les uns des autres, souvent hors d’atteinte sans voiture. Les histoires de la population de la Pointe-de-l’Île font écho à cette réalité. Combien de personnes âgées doivent se payer un taxi pour se rendre à leurs rendez-vous médicaux? Combien de mères dépendent de leur bazou pour éviter à leurs enfants d’interminables trajets parce qu’il n’y a pas d’école près de la maison? Combien d’heures sont consacrées chaque semaine aux déplacements? Combien d’occasions de jobs ou de soirées entre amis sont abandonnées simplement parce que s’y rendre est trop compliqué?

L’amélioration des services de transport collectif fait évidemment partie de l’équation : il faut des réseaux plus fréquents, fiables, efficaces et accessibles. Mais elle ne peut, à elle seule, régler tous les problèmes de mobilité. Il faut aussi penser nos milieux de vie autrement : des quartiers où l’on peut se loger, se soigner, se nourrir, travailler, étudier, se divertir et tisser des liens à proximité, peu importe son âge ou ses moyens.

La mobilité durable commence donc par des services de transport collectif à la hauteur des besoins, mais aussi par des milieux de vie où les activités du quotidien sont à portée de main.

Le courage de choisir

Les automobilistes ne sont pas le problème. Le problème, c’est quand notre société ne leur laisse pas d’autres choix. Pour l’Est de Montréal, ce choix porte un nom depuis des années : le Projet structurant de l’Est (PSE), une occasion réelle de désenclaver ce territoire et de développer des environnements pensés pour ceux et celles qui y vivent. Ailleurs au Québec, il portera d’autres noms. Mais partout, l’urgence est la même.

Le Québec n’a pas besoin d’une nouvelle promesse, il a besoin d’action. Il faut mettre en œuvre la Politique de mobilité durable 2030 et augmenter de 5 % par année l’offre de service en transport collectif. Oui, financer des infrastructures de transport collectif coûte cher. Mais l’inaction a aussi un prix : des heures perdues dans le trafic, des ménages prisonniers de leur voiture, sans parler des coûts environnementaux et de santé pour nous, nos enfants et les prochaines générations.

La voie à prendre, on la connaît. Reste à savoir si le prochain gouvernement aura le courage de l’emprunter.

Cette lettre a initialement été publiée dans Est Média Montréal le 29 septembre 2026.


Signataires :

  • Blandine Sebileau, analyste en mobilité durable, Équiterre
  • Jonathan Roy, directeur général, CDC de la Pointe – région Est de Montréal
  • Maggie Harvey, directrice générale, Trajectoire Québec
  • Denis Pelletier, maire d’arrondissement, arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles
  • Gabrielle Rousseau-Bélanger, conseillère de la Ville – District Pointe-aux-Trembles, arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles
  • Marie-Claude Baril, conseillère d’arrondissement – District Pointe-aux-Trembles, Arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles
  • Jocelyn Pauzé, conseiller de la Ville – District de Marie-Victorin, arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, porte-parole de l’opposition officielle pour l’Est de Montréal et la langue française
  • Sarah V. Doyon, conseillère de la Ville – District Hochelaga, arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, porte-parole de l’opposition officielle en matière de transport collectif et mobilité durable
  • Jean-Denis Charest, président-directeur général, Chambre de commerce de l’Est de Montréal
  • François Claveau, directeur général, Corporation Mainbourg
  • Alexandre Fabien-Gagné et Darlène Jean Jacques, co-présidents, Conseil jeunesse de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles.
  • Fabien-Kenzo Sato, directeur général, Conseil régional de l’environnement de Montréal
  • Sandrine Cabana-Degani, directrice générale, Piétons Québec
  • Sandrine Guillaume, directrice générale, MOVIA, Centre d’Expertise en Mobilité
  • Yves Bellavance, directeur général, Coalition montréalaise des Tables de quartier
  • François-Xavier Michaux, co-coordonnateur général, Transition en Commun
  • Guy Inkale Bokambwa, directeur général, Corporation de développement communautaire de Rivière-des-Prairies
  • Nicolas Bourgois, directeur général, Solidarité Mercier-Est
  • Dominique Perrault, directrice générale, Vivre Saint-Michel en Santé
  • Sabrina Fauteux A., direction générale, Concertation Saint-Léonard
  • Johanne Noël, présidente, AQDR Pointe-de-l’île de Montréal
  • Hamid Terzi, directeur général, Association d’entraide des personnes handicapées physiques de Montréal (ALPHA)
  • Peter Batos, directeur général, Action Secours Vie d’Espoir
  • Constance Riopelle, directrice générale, Carrefour familial les Pitchou
  • Véronique Lalonde, directrice générale, PITREM