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Les dynamiques électorales municipales sont rarement simples : elles reflètent des enjeux locaux, des sensibilités de quartier et des préoccupations très concrètes. Les manchettes rapides du lendemain d’élection peuvent parfois effacer ces nuances. Voici donc humblement ma propre lecture des résultats du vote de dimanche dernier.
Au-delà des récits simplistes
Des analyses ont évoqué la fin du party pour le laboratoire socialiste (même si, à ce que je sache, personne n’a promis ou mis en place des épiceries municipales, comme le suggère le candidat à la mairie de New York, Zohran Mamdani). Évidemment, la réalité est plus subtile : oui, Montréal, après deux mandats, et Sherbrooke, après un mandat, ont connu un changement d’administration, mais à Gatineau, Longueuil, Laval, Québec et Rimouski, l’électorat a opté pour la continuité.
On est peut-être juste rendus à court d’étiquettes buzzword pour qualifier ce qui relève simplement… du bien commun.
Bref, les conclusions drastiques sont tentantes – mais les faits invitent à la prudence.
Des électeurs ancrés dans leurs enjeux de quartier
Ce scrutin a surtout révélé une chose : les électrices et électeurs ont voté pour leur milieu de vie, pas dans l’esprit d’une dynamique d’opposition sur un thème unique.
Quelques exemples :
À Montréal
La grogne contre la collecte des déchets aux deux semaines dans le district Hochelaga de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve s’est répercutée en une victoire éclatante de la candidate de… Projet Montréal, Sarah V. Doyon.
La mairie de l’arrondissement de Ville-Marie sera représentée par la nouvelle mairesse de Montréal… qui a pourtant perdu le vote à la mairie dans cet arrondissement, mais gagné deux postes de conseiller(ère)s sur trois.
Dans les quartiers centraux de la métropole, là où le réseau cyclable est le plus développé, on a vu des victoires des candidat(e)s de l’administration sortante.
À Québec
Malgré le bruit des opposant(e)s au tramway, l’élection n’a pas servi de référendum qui aurait pu être utilisé pour freiner un projet qui est déjà sur les rails.
À Rimouski
La question de la tarification du stationnement au centre-ville n’a pas empêché la réélection du maire sortant.
Bref : il n’y a pas eu de vague anti quelque chose. Il y a plutôt eu des signaux locaux forts.
Des villes en première ligne des grands défis
Les municipalités doivent bien sûr gérer les poubelles, le déneigement et la sécurité publique. Mais elles portent désormais beaucoup plus : logement, itinérance, résilience climatique, transport collectif.
Et ce, souvent sans les leviers fiscaux ni les pouvoirs nécessaires parce que le provincial et le fédéral préfèrent jouer à la patate chaude! Aucune mairie n’a gagné de baguette magique lundi soir — mais une responsabilité immense et partagée : bâtir des villes fonctionnelles, résilientes et humaines.
Les conséquences des changements climatiques s’intensifient, les infrastructures municipales vieillissent et les véhicules toujours plus nombreux sur nos routes font augmenter la congestion. Il faudra continuer de miser sur les solutions qui réduisent les risques d’inondation, s’habituer aux travaux au niveau des infrastructures vétustes et investir dans le transport collectif et actif pour réduire la pression sur le réseau routier, tout en entretenant adéquatement le réseau routier existant.
Le « party socialiste » des uns n’est en fait que du pragmatisme municipal, guidé par le bien commun.
Bon mandat aux maires et mairesses du Québec !
