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Cadre d’intervention pour la gestion responsable des pesticides : Une bonne reconnaissance des enjeux, mais des moyens timides

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Le ministère de l’Environnement du Québec publiait le 29 octobre 2020 son cadre d’intervention pour une gestion responsable des pesticides. Ce cadre présente les actions que le Ministère entend mener au cours des trois prochaines années, notamment pour répondre aux recommandations de la CAPERN. Ces actions se jumellent à celles prévues dans le Plan d’agriculture durable du ministère de l’Agriculture (MAPAQ) dévoilé le 22 octobre 2020, pour concrétiser la volonté du gouvernement de diminuer les pesticides au Québec au cours des dix prochaines années.

Équiterre a travaillé ardemment au cours de la dernière décennie afin d’amener le gouvernement québécois à appuyer une transition vers une agriculture moins dépendante des pesticides de synthèse et à interdire les pesticides utilisés en milieu urbain, sauf en cas de menace à la santé ou la sécurité publique.

Bien que les moyens de parvenir à réduire les pesticides ainsi que leurs risques demeurent timides, Équiterre constate que le gouvernement reconnaît les enjeux entourant la réduction des pesticides et entend mettre de l’avant certaines actions répondant à plusieurs demandes que nous leur avons adressées, notamment :

  • Mettre en place un plan d’interventions pour la protection des pollinisateurs en milieu agricole ;
  • Évaluer l’encadrement de toutes les semences enrobées de pesticides, un aspect important puisqu’actuellement, seules les semences enrobées de 3 néonicotinoïdes sont encadrées ;
  • Prévoir un mécanisme de révision périodique obligatoire de la liste des pesticides visés par la réglementation ;
  • Partager les données de vente pour soutenir la recherche et évaluer les moyens pour obtenir toutes les données d’utilisation des pesticides, ce qui est un pas dans la bonne direction puisque Équiterre a recommandé à maintes reprises que les registres d’utilisation de pesticides soient informatisés, géolocalisés et accessibles publiquement. C’est par exemple ce qui se fait en Californie afin de rendre possibles des recherches en santé publique et environnementale.

Certaines actions demeurent toutefois timides, dont :

  • Tripler le nombre de pesticides interdits en milieu urbain, une promesse qui devait être accomplie entre 2015 et 2018 ;
    • Équiterre réclame depuis une décennie que le gouvernement élargisse l’interdiction au-delà des surfaces gazonnées pour inclure les arbres, arbustes, plates-bandes, jardins et potagers, et interdise la vente et l’usage de tous pesticides à des fins esthétiques, sauf ceux classés comme pesticides à risques réduits, sauf en cas de risque pour la santé et la sécurité publique.

      De simplement tripler les pesticides interdits en milieu urbain est insuffisant et ne permet pas au Québec de rattraper son retard par rapport à d’autres provinces qui sont allées plus loin.
  • Proposer, au besoin, des correctifs à la réglementation et au Code de déontologie des agronomes pour éviter l’apparence de conflit d’intérêts chez les agronomes ;
    • La majorité des agronomes qui travaillent dans le domaine des pesticides sont liés à l’industrie de la vente de ceux-ci. Ce seul fait place ceux-ci en conflit d’intérêts. L’article 28 du code de déontologie des agronomes vient d’ailleurs confirmer le tout:
      • « L’agronome doit sauvegarder en tout temps son indépendance professionnelle et éviter toute situation où il serait en conflit d’intérêts. Sans restreindre la généralité de ce qui précède, un agronome:
        • 1° est en conflit d’intérêts lorsque les intérêts en présence sont tels qu’il peut être susceptible de préférer certains d’entre eux à ceux de son client ou que son jugement et sa loyauté envers celui-ci peuvent en être défavorablement affectés;
        • 2° n’est pas indépendant pour un acte donné, s’il y trouve un avantage personnel, direct ou indirect, actuel ou éventuel. »
    • Équiterre a demandé au gouvernement de veiller à ce que l’Ordre des agronomes s’assure de l’indépendance de ses membres et qu’il s’assure de séparer les activités de vente de pesticides des activités de transfert de connaissance et de conseil. Une action claire se fait toujours attendre.
  • Évaluer l’élargissement de la justification et de la prescription agronomiques à un plus grand nombre de pesticides jugés à risque ;
    • Équiterre a exprimé son avis voulant que l'interdiction des pesticides les plus dangereux constitue l’option la plus efficace pour protéger adéquatement la santé de la population et de l’environnement.

Nous espérons vivement que les paroles du ministre Benoit Charrette soient présage d’avenir et que le gouvernement mette de l’avant les moyens pour réaliser la nécessaire transition vers une agriculture moins dépendante des pesticides de synthèse.

« L’utilisation systématique des pesticides doit devenir une approche du passé. Une utilisation limitée et responsable des pesticides réduit les risques qu’ils entraînent», avait-il déclaré.

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