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Communiqué de presse  •  3 min

Bay du Nord : une menace pour la biodiversité marine de l'Atlantique

Publié le 

Le Canada a approuvé un projet pétrolier présentant un risque de fuite de 16%, menaçant la biodiversité dont la protection est au cœur de la COP15 qui débute aujourd'hui à Montréal.

Montréal, le 7 décembre 2022 - Alors que le sommet de l'ONU sur la biodiversité se déroule à Montréal, Équiterre et Sierra Club Canada dénoncent la contradiction dont fait preuve le gouvernement canadien en matière de biodiversité. Le gouvernement fédéral prétend vouloir protéger la biodiversité, alors que d'un autre côté, ce même gouvernement a autorisé la compagnie pétrolière Equinor à aller de l'avant avec un projet de forage en mer, Bay du Nord, sachant qu'il présente un risque de 16% de déversement extrêmement important, pouvant endommager l'habitat marin.

Les activités pétrolières et gazières extracôtières dans les provinces de l’Atlantique constituent une menace importante pour l'écosystème océanique, en plus d'exacerber les changements climatiques. Un déversement majeur, ou des éruptions sous-marines, dans l'océan Atlantique porterait gravement atteinte au milieu marin environnant et pourrait potentiellement détruire l'habitat des baleines, des poissons, des oiseaux de mer et de nombreux autres animaux.

« Le Canada ne peut pas prétendre être un leader en matière de biodiversité tout en approuvant un projet de forage pétrolier en eaux profondes qui met en danger la vie marine. Ce faisant, il perd sa crédibilité ici au pays et sur la scène internationale. »
-Marc-André Viau, Directeur des relations gouvernementales chez Équiterre

16 % de chances de déversement

Dans le rapport d'évaluation environnementale de l'Agence d'évaluation d’impacts du Canada (AEIC), Equinor soutient que le risque de déversement majeur pour Bay du Nord est très faible (0,00013). Cependant, les scientifiques de Pêches et Océans Canada (MPO) qui ont contribué à l’Examen de l’étude d’impact environnemental du projet réfutent cette hypothèse et affirment que, en extrapolant les données fournies par la compagnie pétrolière sur les 40 puits prévus pour leur durée de vie de 30 ans, il y a en fait 16 % de chances qu'un déversement extrêmement important se produise. Les estimations les plus récentes indiquent d’ailleurs que Bay du Nord pourrait produire entre 300 millions et un milliard de barils de pétrole sur la durée de son activité.

La Direction des sciences de Pêches et Océans Canada affirme, entre autres, que les conclusions tirées par Equinor dans son étude d’impact «manquent de crédibilité» et que celle-ci «n’est pas considérée comme une source d’information fiable pour les processus décisionnels ». Dans son examen scientifique, effectué en 2019 mais publié en janvier 2022, le MPO mentionne qu’il «n’avait pas suffisamment d’information pour effectuer une évaluation écosystémique de l’étude d’impact fournie par Equinor», que les «risques ont été considérablement sous-estimés» et que «les risques de petits événements ou activités cumulatifs n’ont pas été évalués». Le MPO conclut que les mesures d’atténuation pour des écosystèmes marins vulnérables n’ont pas été incluses dans l’étude d’impact fournie par Equinor et qu’aucun détail n’a été présenté au sujet d’un programme de suivi des effets environnementaux.

Les réglementations canadiennes : faibles, dépassées et dangereuses

La réglementation canadienne actuelle n'oblige pas une entreprise à contenir un déversement majeur de pétrole dans un délai prescrit. Equinor estime qu'en cas de déversement, il faudrait de 18 à 36 jours pour installer un système de coiffage des puits sur le site et jusqu’à 115 jours pour installer un puits de secours - ce qui signifie que le pétrole de Bay du Nord pourrait se déverser dans l'océan Atlantique pendant des jours et causer des ravages dans l'habitat marin. En revanche, la réglementation de l'Alaska, exige quant à elle qu’un système de recouvrement soit mis en place à l’intérieur de 24 heures suivant un déversement. En revanche, la réglementation de l'Alaska, qui est la meilleure de sa catégorie, exige qu'un système de captage soit mis en place dans les 24 heures suivant un déversement.

Le degré de responsabilité est également un problème : au Canada, un exploitant n'est responsable que s'il est reconnu fautif. Si un accident est causé par une collision avec un iceberg ou un événement météorologique extrême, la responsabilité n'est pas claire. En revanche, au Royaume-Uni, en Russie et au Groenland, les exploitants sont responsables de toute pollution causée, quelle qu'en soit la raison.

La réglementation canadienne n'empêche pas les compagnies pétrolières de forer dans des écosystèmes marins sensibles ou dans des aires importantes sur le plan culturel ou à hauts risques. Le processus d'évaluation des risques n'inclut pas les communautés ou les intervenants locaux, les groupes autochtones, ni même le grand public.

Sierra Club et Équiterre tiendront une projection murale artistique à la Maison du développement durable le 8 décembre, à compter de 17 h 30, pour honorer la beauté des océans et illustrer la vulnérabilité des créatures marines, en l’occurrence nos grands cétacés.

« Le Canada et Equinor font courir un risque direct incroyable aux écosystèmes marins tout en contribuant aux changements climatiques qui dévasteront également les océans », déclare Conor Curtis, Directeur des communications chez Sierra Club Canada.

« Terre-Neuve-et-Labrador possède une industrie des pêches et touristique vitales qui seraient également menacées par le projet pétrolier Bay du Nord d'Equinor. Nous avons maintenant d'autres solutions en matière d'énergie et d'emploi, comme l'énergie éolienne. Il n'y a aucune raison de mettre en danger la santé de notre océan, de la vie marine et des écosystèmes tout en faisant courir le risque aux contribuables de payer pour les nettoyages. »

Dans le cadre de la COP15, une conférence sur les impacts de l’exploitation pétrolière sur la biodiversité marine sera également tenue, le 13 décembre prochain à 19 h, au Pavillon Sherbrooke de l’UQAM. La parole sera alors donnée à trois intervenants d’ONG internationales afin de discuter des risques que présentent les projets d’Equinor sur les écosystèmes marins et des moyens pour les contrer.


Contact média

Anthony Côté-Leduc, Relations médias, Équiterre

(514) 605-2000 ; acoteleduc@equiterre.org

Conor Curtis, Directeur des communications, Sierra Club Canada

709-638-0072 ; conorc@sierraclub.ca