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Actualité  •  5 min

La Carte Climat : lumière sur les événements climatiques extrêmes au Québec

Marie-Ève Leclerc

Chargée de projet, Mobilisation

Publié le 

Je me suis demandée : qui s’en souviendra dans quelques mois? Une fois en période électorale et lorsqu’il sera essentiel de parler des changements climatiques et de leurs conséquences?

Marie-Eve Leclerc

Chargée de mobilisation

Comment illustrer de manière compréhensible les conséquences des changements climatiques au Québec au cours des dernières années? Voilà la question initiale qui a guidé la réflexion menant au développement de cette carte interactive : la ‘Carte Climat’. Beaucoup d’études et de modèles complexes existent, mais nous cherchions à rendre cette information plus accessible, visuelle et facile à comprendre pour tout le monde.

Comment est-elle née?

Mai 2022. L’idée est née après les tornades et vents violents qui ont traversé le Québec sur 300 km et causé d’immenses dégâts, laissé des centaines de milliers de personnes sans électricité, arraché des toits, déraciné des arbres, endommagé des biens et des bâtiments et, pire, causé au moins 11 décès. La facture totale pour Hydro-Québec de ce seul événement a été évaluée à 70 millions de dollars.


Comment peut-on préparer le Québec à faire face aux aléas climatiques si on ne les rend pas faciles à comprendre ? Généralement, on ne se rappelle pas des événements climatiques extrêmes qui sont arrivés au Québec que si l’on a été directement impacté. Prenons conscience que les changements climatiques n'épargnent personne et qu’ils ont des conséquences bien réelles au Québec. On n’est pas sur une autre planète que le Bangladesh, le Pakistan ou la Floride.

Inondations, feux de forêt, orages violents ... apprenez-en plus!

Cette réflexion pour une carte interactive germait donc depuis juin, bien avant les inondations survenues à Montréal à deux jours du Face-à-Face des Chefs à TVA (le 15 septembre) - débat, qui (soulignons-le) ne s’est pas adéquatement arrêté sur les plans d’adaptation du Québec face aux impacts et aux coûts des changements climatiques. La ‘Carte Climat’ était également en cours de développement bien avant que l’épouvantable ouragan ‘Fiona’ ne se transforme, frappe et puis balaie en tant que tempête post-tropicale les provinces de l'Atlantique. Nul ne peut nier que les dégâts sont incommensurables. Les célèbres dunes des terres en Atlantique mettront au moins dix ans avant de se reconstituer, et à condition qu’il n’y ait pas d’autres événements dévastateurs de ce type.

Qu’est-ce que la ‘Carte Climat’?

La ‘Carte Climat’ recense les événements climatiques extrêmes et l'évolution de la température dans chacune des circonscriptions du Québec depuis 1990.

La carte interactive commence son histoire en 1990 : l’année de référence par rapport à laquelle le Québec mesure ses réductions d’émissions de GES. En fait, le Québec s’est donné comme cible de réduire de 37,5 % ses GES d’ici 2030 et vise la carboneutralité en 2050, ce qui équivaut à annuler tous les gaz à effet de serre (GES) émis par l’équivalent de GES absorbés.

L’urgence de l’adaptation

Malheureusement, nous sommes loin du but : de 1990 à 2019 (le plus récent bilan), les émissions de GES du Québec ont diminué de 2,7 % seulement.

La vie sur Terre, toutes espèces confondues, sera complètement chamboulée par l’augmentation des températures, la multiplication des événements climatiques extrêmes, l’arrivée de nouveaux pathogènes et de nouvelles maladies, la montée du niveau des eaux, etc. Certes, la planète a vécu bien des variations de températures depuis ces milliards d’années, mais jamais au rythme témoigné depuis les 30 dernières années.

Pourquoi limiter l’augmentation de température à 1,5 °C?

L'objectif de l’Accord de Paris pour le climat est de limiter l’augmentation de la température moyenne de la planète à 1,5 °C. Pourquoi ? Parce que 1,5 °C, c’est le point où les événements climatiques extrêmes deviennent plus fréquents et intenses. On le voit déjà dans toutes les sphères de notre quotidien, et ce sans avoir atteint le seuil du 1,5 °C. Les impacts sur la santé publique, le portefeuille, la sécurité et l’autonomie alimentaire et la sécurité publique sont tangibles.

Un petit 1,5 °C peut sembler anodin, mais c’est tout le contraire. Faisons un parallèle entre «l'écosystème humain» et celui de la planète. Le corps humain a une température moyenne de 36,6 °C. Lorsque la température monte à 38 °C, c’est l’état de fièvre. Un mal de tête résulte de cette augmentation de 1,4 °C et on peut prendre une «aspirine». Lorsque le corps atteint 39 °C, et qu’il persiste depuis plus de 48 heures, on prend la direction de l’hôpital pour plonger dans le bain de glace! Si on n’arrive pas à stabiliser la température et que malheureusement la fièvre monte à 41 °C, c’est dangereux. Ce n’est qu’un tout petit écart de 4,4 °C degrés où nous sommes passés d’un état sain à un état létal.

Pour terminer la comparaison avec la fièvre, il arrive qu’à certains endroits il puisse faire froid, par exemple au Québec en hiver, tout comme il demeure très probable que fiévreux, vous ayez les orteils gelés et le bout du nez froid. Il n’en demeure pas moins que votre corps soit dans un état de réchauffement global.

Une approche basée sur la science

Cette carte interactive présente tous les événements climatiques extrêmes ayant eu lieu depuis 1990. Les événements de sécurité civile ont été consignés par la Direction des opérations du ministère de la Sécurité publique, la carte illustre tous les «sinistres ayant eu des conséquences sur les citoyens, les biens ou les services à la population» depuis 1990, découpés par circonscriptions. Dans la méthodologie, vous comprendrez davantage comment on a sélectionné et répertorié les événements qui peuvent être influencés par les changements climatiques. Pour chaque type, nous avons choisi de présenter les niveaux de gravité suivants: inondations d’intensité importante et extrême; tornade d'intensité mineure et extrême; orages violents d’intensité importante et extrême; pluie verglaçante d’intensité extrême; feux de forêts d’intensité importante et extrême; les vagues de chaleur, et enfin les vents de tempête.

L’ampleur des dégâts et des événements extrêmes pour le Québec

Nous illustrons également l’augmentation de la température moyenne annuelle pour la province et les circonscriptions selon les différentes zones d’intérêt identifiées par Ouranos observées depuis 1990, ainsi que les prévisions de température selon le ‘scénario élevé’. Vous constaterez par vous-même combien la température moyenne annuelle a augmenté au Québec depuis 1990. Les données réelles de températures moyennes fournies par Ouranos s’arrêtent à 2013.

Le thermomètre illustre la variation de température par rapport à 1990 pour la région sélectionnée. On peut remarquer qu’à plusieurs endroits, la température moyenne annuelle dépasse le seuil du 1,5°C.

Élections du 3 octobre : un moment crucial

L’élection est le meilleur moment pour demander des engagements ambitieux de la part de nos politicien(ne)s! C’est réellement un moment privilégié pour mettre le Québec sur la voie de la lutte aux changements climatiques. Les événements survenus au Québec cet été nous ont démontré que le Québec n’est pas prêt à faire face aux changements climatiques, que les dégâts coûtent extrêmement cher, peuvent occasionner des pertes de vie et que nos plans d’adaptation sont inadéquats.

Le 3 octobre, votez avec l’environnement, votre santé et votre sécurité en tête. Notre avenir et celui de nos enfants se décident maintenant.

Explorez la carte, ciblez votre circonscription et interpellez vos candidat(e)s sur les risques encourus pour le Québec en utilisant notre courriel pré-rédigé pour leur partager les solutions.

Une grande histoire de dévouement et de désir de contribuer à la cause

Cette carte interactive des risques climatiques est le résultat d’une rencontre entre professionnels talentueux et dévoués qui ont eu le goût de faire quelque chose pour les changements climatiques sans y travailler au quotidien comme le fait Équiterre. Un simple appel aux bénévoles fait sur les réseaux sociaux a interpellé trois programmeurs, Andy, Jesse, Étienne, et ensuite Philippe de Bleuet design.

Animés du même dévouement de contribuer à l'éveil sur les conséquences des changements climatiques et de la même vision que l’équipe d’Équiterre, ils ont consacré bénévolement des heures incalculables pour déployer cet outil de vulgarisation et de sensibilisation aux risques des changements climatiques, mais aussi aux opportunités d’agir collectivement. Nous tenons à les remercier sincèrement.