Charles-Édouard Têtu
Analyst, Climate and Energy policy
Une chose qu’on doit retenir de l’échec des négociations avec les États-Unis, c’est qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Alors qu’on discute d’une réponse canadienne aux tarifs américains, l’heure est à la réflexion : de quoi le Québec a-t-il besoin pour faire face à cette période d’incertitude ? D’être en contrôle de son énergie.
Après un été où la flambée du prix de l’essence a fait mal à presque tout le monde au Québec, voilà que la guerre tarifaire risque de peser encore plus lourdement. Dans les deux cas, nous subissons directement les contrecoups bien malgré nous. Quand on laisse des entreprises et d’autres pays décider pour nous, il ne faut pas s’étonner de voir le coût de la vie trôner au sommet des priorités à l’approche d’une élection générale.
Heureusement, la solution, on la connaît, et on a tout pour la mettre en œuvre.
Enrichir le Québec, pas les entreprises multimilliardaires
Le moment est à l’achat local, à l’approvisionnement québécois pour appuyer l’économie d’ici, en cette période de crise. Et ça commence par utiliser notre énergie propre.
Chaque année, les Québécois versent 10 milliards de dollars à des entreprises pétrolières, déjà multimilliardaires, qui nous tiennent en otage. La preuve ? Quand le gouvernement fédéral a suspendu sa taxe d’accise le printemps dernier, voulant donner un répit aux contribuables avec un rabais de 10 cents par litre d’essence, ça n’a pas pris dix jours pour que le prix remonte. Les ménages québécois auront économisé un gros cinq dollars par plein pendant moins de deux semaines. Et ce « rabais » est vraisemblablement toujours en vigueur ! Le sentez-vous ?
Ce sont l’industrie pétrolière et les marchés internationaux qui contrôlent le prix de l’essence. Pas nos gouvernements.
Soyons lucides : tant qu’on fait le choix de miser sur une énergie sale qui ne nous appartient pas pour faire fonctionner notre société, on continue de s’appauvrir tous les jours pour enrichir une industrie basée ailleurs, notamment aux États-Unis, dont les poches débordent déjà. C’est la même vulnérabilité que pour les tarifs : dépendre d’un fournisseur étranger pour un besoin essentiel, c’est le laisser décider à notre place.
Et pour ceux qui seraient tentés de dire que la solution est d’exploiter nous-mêmes les énergies fossiles, sachez que même l’Alberta n’a pas été épargnée par la hausse du prix de l’essence des derniers mois et subit aussi les déboires des négociations.
Notre énergie, notre prix
Être maîtres chez nous, c’est cesser de se soumettre au marché de l’énergie volatil contrôlé par des multinationales qui font des profits records. Et la voie de sortie, on la connaît déjà : brancher nos transports sur notre électricité propre plutôt que sur le pétrole importé.
Le Québec moderne s’est bâti en nationalisant Hydro-Québec avec un objectif clair : se débarrasser des grandes entreprises richissimes pour répondre nous-mêmes, selon nos propres règles, à un besoin essentiel. Où est passée toute cette ambition ? Ce qui était inacceptable à l’époque devrait l’être tout autant aujourd’hui, surtout face aux sautes d’humeur d’un président américain imprévisible.
Imaginez à quoi ressemblera le Québec quand on aura électrifié nos transports. Les 10 milliards $ que l’on dépense chaque année pour de l’essence resteront chez nous. Imaginez. Des économies de 10 milliards $. Année après année. Juste en essence. C’est assez pour construire au moins l’équivalent du complexe la Romaine ou bien 250 nouvelles écoles primaires. Chaque année.
Bref, la solution est claire : il faut miser sur Hydro-Québec et notre énergie renouvelable pour offrir un coup de main, durable cette fois, aux familles et aux entreprises du Québec. Sortir des énergies du passé créerait des milliers d’emplois et garderait la richesse ici, tout en assurant notre compétitivité et notre résilience économique à long terme. Et face au dérèglement climatique qui s’intensifie, c’est le chemin tout désigné pour y répondre et réduire le coût de la vie.
Nos grands-parents ont nationalisé l’électricité pour qu’on cesse de dépendre des autres. Nos parents ont construit l’infrastructure nécessaire. À nous, maintenant, de nous y brancher pour de bon. Et ça commence le 5 octobre.
Charles-Edouard Têtu, analyste des politiques climatiques et énergétiques, Équiterre
Andréanne Brazeau, analyste principale des politiques pour le Québec, Fondation David Suzuki
