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Opinion  •  2 min

Lettre ouverte - Sortons de la congestion éternelle, une fois pour toutes

Marc-André Viau

Director, Government Relations

maviau@equiterre.org

Published on 

Vous avez dû le remarquer : le trafic de la rentrée est de retour. Chaque année, c’est le même refrain : la fin des vacances et le retour des chantiers de construction font en sorte que la congestion routière est un enfer pendant plusieurs semaines. Dans les transports collectifs, c’est le retour de la classe sardine. Cette congestion n’est pas seulement irritante, c’est un frein majeur à notre développement.

En plus de vous faire perdre des dizaines d’heures chaque année, seulement dans le Grand Montréal, elle coûte environ 6 milliards de dollars par année. Ce chiffre grimpera à 10 milliards d’ici 2030.

C’est une quantité astronomique d’argent qui s’évapore dans les bouchons au lieu d’être investie dans nos écoles et notre système de santé.

Le fil conducteur négligé

Alors que la campagne électorale vient de commencer, les partis politiques vous proposeront différentes visions du Québec pour les prochaines années. À l’exception d’un énième débat sur le troisième lien, les transports seront probablement relégués au second plan en raison de la menace américaine et d’un possible référendum sur la souveraineté du Québec.

Pourtant, la mobilité est le fil conducteur de nos plus grandes préoccupations. Le coût de la vie ? L’automobile individuelle est souvent le deuxième poste de dépense des ménages. Le logement ? Impossible de régler la crise du logement en construisant des habitations coûteuses à cause des exigences minimales de stationnement, et souvent éloignées des réseaux de transport collectif et actif. La santé ? Chaque déplacement à pied ou à vélo contribue à l’activité physique quotidienne. Les personnes qui utilisent le transport collectif accumulent en moyenne de 8 à 33 minutes d’activité physique par jour grâce aux déplacements à pied vers et depuis les stations et arrêts, contribuant à réduire les risques de maladies cardiovasculaires. L’économie ? Chaque investissement en mobilité durable encourage les entreprises des quatre coins du Québec en fabriquant des autobus, des vélos et des trains ici. L’environnement ? Chaque autobus rempli représente une cinquantaine de voitures de moins sur la route.

À l’heure des discussions autour de projets de société, nous proposons de faire de la mobilité un enjeu central dans cette élection ainsi que le prochain projet qui fera avancer le Québec.

Concrètement, cela se traduit en garantissant une liberté de choix en offrant un accès à au moins quatre services de mobilité durable pour 80 % de la population québécoise, en réduisant jusqu’à 20 % les dépenses des ménages allouées au transport, en réduisant de 37,5 % des émissions de GES en transports et en investissant dans le secteur des équipements de transports terrestres québécois.

Ça se traduit également par une nouvelle vague d’émancipation en nous rendant moins dépendants des industries automobiles étrangères, aux soubresauts économiques mondiaux et aux fluctuations du prix du pétrole – des forces extérieures sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle.

Nous connaissons déjà la solution pour y arriver : viser une augmentation annuelle d’au moins 5 % de l’offre de transport collectif et consacrer au moins 50 % des investissements en infrastructures de transport aux transports collectifs d’ici 2030. En rappel, la Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois s’étaient tous engagés à faire cela1 lors de l’élection partielle de Terrebonne l’an dernier.

D’ailleurs, l’appétit pour un projet de ce genre est bel et bien réel. Selon un sondage mené par Équiterre2, 78 % de la population québécoise croit que le prochain gouvernement devrait améliorer le service et la fréquence des réseaux de transport en commun existants afin de lutter contre la congestion.

La balle est désormais dans le camp des partis. Peu importe la couleur politique, il est temps de s’engager à s’attaquer à la congestion. Il est temps de financer les alternatives à l’automobile pour redonner au Québec une vision de long terme et pour faire de la mobilité durable un véritable projet de société. N’est-ce pas ça, être maîtres chez nous ?


*Cosignataires : Sandrine Cabana-Degani, directrice générale, Piétons Québec ; Marie-Soleil Gagné, directrice générale, Accès transports viables ; Francis Garnier, coordonnateur, Alliance TRANSIT ; Samuel Pagé-Plouffe, directeur des affaires publiques, Vivre en Ville ; Maggie Harvey, Directrice générale, Trajectoire Québec ; Myriam Nadeau, directrice générale, Réseau des centres d’expertise en mobilité (RCEM)