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Opinion  •  3 min

L'environnement n'est pas une business

Marc-André Viau

Director, Government Relations

maviau@equiterre.org

Published on 

Ça y est! Le gouvernement Legault a un nouveau plan — économique — pour sortir le Québec du bourbier dans lequel il se trouve depuis l’élection de Trump. Celui qui trouve que « ce n’est pas toujours facile d’expliquer l’économie aux Québécois », va nous sauver grâce aux minéraux critiques, aux centres de données et au développement du secteur militaire. Tadam!

Je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve que ça n’a rien à voir avec le sauvetage des générations futures qu’on nous promet et tout à voir avec un premier ministre qui improvise, en fonction des tendances du moment. Ce que François Legault semble avoir négligé dans sa nouvelle vision, c’est qu’il nous a dit exactement la même chose en mars dernier lors du dépôt de son budget.

Le temps vous manque? Voici un résumé bien simple de la vision pour ce plan économique : l’interventionnisme d'État que favorise le Premier ministre est bon pour enrichir les grandes industries, mais néglige les services publics, comme les transports collectifs et les écoles, et accélère le démantèlement des protections environnementales. Bref, on fait passer le bien-être des industriels avant celui de la population.

L’environnement d’affaire au détriment de l’environnement naturel

La déconnexion entre les besoins de la population et les priorités du gouvernement est grande. François Legault veut créer des environnements d’affaires intéressants alors que les Québécois(e)s demandent des milieux de vie intéressants et des services publics fonctionnels, ce n’est pas du tout la même chose. Le Premier ministre semble bien confiant, mais il est difficile de croire que d’appliquer la même bonne vieille recette à de nouvelles industries va mener à des résultats différents dans ce grand contexte d’incertitude économique mondiale.

Un plan cousu de contradictions

Depuis quelques semaines, le gouvernement de François Legault a fait de l’environnement une cible de choix, un obstacle au développement industriel, une contrainte que l’on s’impose, comme il l’a déclaré dans son discours d’ouverture de la session parlementaire du 30 septembre dernier. Dans cette nouvelle vision économique, ça ne peut être plus clair. Ce qui est loin d’être clair, par contre, c’est les résultats que produira le grand risque dans lequel le gouvernement nous demande d’embarquer. Le plan que j’ai vu est bourré de contradictions et d’incohérences majeures.

Quelques exemples :

  • On mentionne l’importance d’améliorer notre efficacité énergétique, mais on veut aussi miser beaucoup sur les centres de données : l’opposé de l’efficacité énergétique. J’ai de la difficulté à croire que des experts aient été consultés pour arriver à ça.

  • La question de l’énergie manque de clarté. D’un côté, le premier ministre nous dit qu’on doit mettre à profit notre fierté nationale : l’hydroélectricité (avec des dépenses s’élevant à 200 milliards pour Hydro-Québec dans les 10 prochaines années), de l’autre, qu’on doit attendre le départ de Trump avant de miser sur l’électrification. Soit on a un modèle qui nous est propre, qui est le moteur de notre économie et qui nous appartient, soit on dépend du modèle américain. Le premier ministre doit se brancher.

Pendant ce temps, l’autobus ne passe toujours pas

Lorsque son gouvernement a voulu tourner les coins ronds en matière environnementale, pour accélérer un développement industriel qui devait faire des miracles économiques pour le Québec, ça nous a donné le fiasco Northvolt. François Legault veut prendre des risques et miser gros, mais il n’y aura jamais de retour sur investissement en prenant des risques avec l’environnement.

Au final, cette nouvelle vision économique est la même qu’avant. On espère des retombées économiques magiques pour les collectivités qui n’ont toujours pas les systèmes de transport collectif nécessaires, qui n’ont pas les logements abordables nécessaires et qui n’ont pas les aménagements nécessaires non plus pour se protéger contre les inondations, l'érosion côtière, les feux de forêt.

Si cette recette miracle fonctionnait, on n’aurait pas de problème à financer nos écoles, notre transport collectif, nos services publics. On n’aurait pas l’idée de piger dans le fonds vert pour éponger le déficit. Alors, non seulement on va doubler la mise, mais on va aussi affaiblir les protections environnementales au passage. C’est complètement inacceptable et irresponsable. Ceci n’est pas un risque, mais une promesse de saccager notre air, notre eau et des terres qui nous nourrissent.

Maintenant, la question qui tue : pourquoi c’est bar ouvert dans les dépenses gouvernementales pour les industries, alors que nos autobus ne passent pas et que nos médecins ne sont pas disponibles?